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dje
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Parce que désillusion est le plus joli mot qui existe, entrez dans mon monde de chroniqueur désabusé
Catégorie :
Blog Société
Date de création :
01.07.2007
Dernière mise à jour :
09.02.2009

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Sexe, bière et Rock'n'Roll

Sexe, bière et Rock'n'Roll

Publié le 22/07/2007 à 12:00 par Djé
Sexe, bière et Rock'n'Roll
C’est un vrai régal que de suivre l’actualité britannique. Ou plutôt la réaction des Anglais à cette actualité. Il y a toujours comme un décalage singulier entre la gravité des faits et la façon dont ils sont appréhendés. Les évènements les plus importants sont souvent pris à la légère, alors que la plus insignifiante des nouvelles est prompte à faire parler pendant des jours. J’ai déjà eu l’occasion de vous parler de mon étonnement concernant l’indifférence manifeste de la plupart des Anglais face aux inondations qui touchent leurs compatriotes ou encore la menace terroriste sur Londres. Mais la semaine passée il y a une chose, bien plus grave, qui était au centre de toutes les discussions : quatre, que dis-je sept ministres britanniques ont avoué avoir fumé du cannabis dans leur jeunesse. Oh my God, that’s so weird !

Je vous replace le contexte : Depuis 2004 le cannabis a été replacé au Royaume-Uni comme drogue de catégorie C, au même titre que les anabolisants ou les tranquillisants les plus puissants. Tony Blair on aime ou on aime pas, mais voilà au moins un dirigeant qui a compris que l’on ne peut pas traiter un fumeur occasionnel de la même manière qu’un dealer d’héroïne. Mais le nouveau gouvernement a peur que cette banalisation ait des conséquences fâcheuses sur sa belle et dynamique jeunesse, et charge donc la nouvelle ministre de l’Intérieur d’une consultation sur le sujet. Consultation qu’elle démarre de façon pour le moins originale … en déclarant avoir été elle-même consommatrice.

Et là c’est le drame. En l’espace d’une journée les déclarations se multiplient, et le soir même ce sont donc pas moins de sept ministres qui ont emboîté le pas de leur collègue – et pas des moindres : Finances, Transports, Logement… En chimie on appelle ça une réaction en chaîne. Là on assiste plutôt à un superbe exemple de solidarité politique. Ca me rappelle un peu les lemmings, vous savez ces petites bêtes suicidaires qui se jettent aveuglément du haut des falaises par paquet de dix. Ou alors les politiques anglais sont-ils simplement jaloux de leur homologue français Nicolas Sarkozy arrivant fin saoul au congrès du G8 ? Ministre ou pas, en Angleterre aussi on sait se retourner le cerveau ! Ah pardon, on me souffle dans l’oreillette que notre cher président n’avait pas bu, tout juste était-il un peu essoufflé parce qu’il venait de monter des escaliers. Liberté de la presse, quand tu nous tiens…

Bref, vu de mon œil extérieur d’expatrié tout cela prête plutôt à sourire. Je me rappelle qu’à l’époque Lionel Jospin avait avoué lui aussi avoir fumé du cannabis étant étudiant, et que ça n’avait pas franchement ému les foules. Mais ici monsieur, en Grande-Bretagne, pays des vertueux défenseurs de la morale, de telles déclarations ça ne passe pas ! Et toute la semaine j’ai pu entendre à droite à gauche des réactions toutes plus offusquées les unes que les autres, souvent à la limite du réactionnaire. C’est bien simple, cette histoire est tellement sur toutes les lèvres que je ne sais toujours pas si Harry Potter est mort – et d’ailleurs sans vouloir choquer personne je m’en fous un peu.

Si décalage il y a entre l’information et la façon dont elle est relayée, c’est surtout dans le comportement général des Britanniques qu’il y a … comment dire … comme une contradiction. Parce qu’ici tout le monde, sans distinction de sexe, d’âge ou de condition sociale, a adopté une philosophie de vie qui se décline en deux mots : Save Money. Le principe ? D’une simplicité enfantine ! La semaine on bosse pour mettre de l’argent de coté, argent qui servira le week-end à s’éclater la tête – et je pèse mes mots – en faisant la tournée des pubs. Ca commence le samedi dès quatorze heures. A dix-neuf heures on croise déjà des cadavres à tous les coins de rue. Et à vingt-deux heures on est susceptible de tomber sur vingt mecs à poil en train de danser la Macarena au milieu d’un carrefour. Ah ça oui, on s’ennuie rarement le samedi soir en Angleterre.

Et alors quoi ? Accepter de se mettre dans des états pareils toutes les semaines, et s’offenser parce que ses dirigeants ont avoué avoir tiré deux fois sur un joint qui tournait ? Y a comme un truc que je saisis pas. Et quand j’évoque le sujet avec les autochtones, je n’ai pour seul réponse qu’un nébuleux "Ca n’a rien à voir". Ah bon… Alors si ça n’a rien à voir, ça doit peut-être venir de moi… Après tout, je devrais commencer à le savoir qu’en Angleterre on ne fait rien comme tout le monde.

Une partie du mystère m’a cependant été levée par un de mes collègues, archétype du vieux sage anglo-saxon tel qu’on peut se l’imaginer, calme et flegmatique. C’est juste que le peuple anglais est un peu comme un loup-garou m’a-t-il dit, qui se transforme une fois la semaine de travail passée. Et il n’y a rien à voir entre les deux facettes de ce personnage. Une sorte de schizophrénie assumée et contrôlée. Le Save Money poussé à son paroxysme. Avant d’ajouter que les Britanniques sont sûrement le peuple le plus décadent du monde, mais seulement deux jours par semaine. Ce n’est pas un hasard si le rock, le vrai, celui des Pink Floyd et Led Zeppelin, est né ici. Et de conclure avec malice que ça devait sûrement être un week-end.


(Chroniques d'un expatrié 5/11, 22.07.2007)