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Parce que désillusion est le plus joli mot qui existe, entrez dans mon monde de chroniqueur désabusé
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Catégorie :
Blog Société
Date de création :
01.07.2007
Dernière mise à jour :
21.07.2008
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Big Brother is watching you

Big Brother is watching you

Posté le 19.08.2007 par Djé
L’Angleterre est décidément un pays étonnant. Un pays qui revendique une histoire riche et des traditions ancestrales, mais qui est irrémédiablement attiré par les lumières capitalistes du modèle inspiré par le grand frère américain. Cela m’a frappé dès les premiers jours, et ce sentiment n’a fait que grandir depuis. La culture anglaise, aussi typique soit-elle, semble se chercher encore, perdue entre tradition et modernité. Et cela donne lieu parfois à des contrastes surprenants.

Ceux qui ont déjà eu l’occasion d’aller à Londres savent peut-être de quoi je veux parler. L’architecture de la ville est un patchwork sans réelle structure. Au milieu des bâtiments historiques qui font la renommée et le charme de la capitale anglaise poussent des structures de verre et de métal qui rivalisent de laideur. Les bords de la Tamise ne ressemblent plus à grand-chose tellement les urbanistes ne soucient guère de gâcher leur patrimoine culturel par des constructions tape-à-l’œil. Et même si ça me fait mal de dire ça, c’est là qu’on s’aperçoit que Paris n’est pas une ville si moche finalement. Quand on marche vers le centre de la ville, on touche presque au surréaliste en découvrant les gigantesques panneaux lumineux qui surplombent les façades typiques, vomissant à longueur de journée des messages clignotants à la gloire de McDonald’s ou Coca-Cola. On en viendrait presque à se demander si Londres n'est pas jumelée avec Tokyo.

Au-delà de ces considérations somme toute assez terre-à-terre, c’est surtout dans le comportement général des gens que l’on ressent comme une profonde contradiction, car certaines coutumes issues d’une autre époque ont malgré tout la peau dure ici. Je ne compte plus les festivals traditionnels au cours desquels des groupes habillés – pour ne pas dire déguisés – dans des costumes ridicules effectuent des danses et des chorégraphies tout droit venues du Moyen Age. Et aussi pathétique que cela puisse paraître pour un non-initié comme moi, les Anglais adorent ça. Les adultes en tous cas, car pendant que les parents applaudissent les danseurs, les enfants leur courent autour en jouant à la guerre, équipés de toute la panoplie du parfait petit GI parti faire la guerre à l’Irak. Je vous avais parlé de contraste… Ca doit être ce qu’on appelle le choc des générations. En même temps, qui achète les fusils en plastique aux enfants ?

L’influence américaine est partout, mais évidemment surtout dans les médias, et notamment dans ce formidable moyen d’abrutissement de masse que représente la télévision. Les actualités sont relayées façon Paris-Match, le but étant plus de secouer le public en lui déversant une information prémâchée que de le faire réfléchir en lui donnant les moyens de se faire sa propre opinion personnelle. Et mieux vaut ne pas se tourner vers la presse écrite dans ce domaine, le monopole des tabloïds étant omniprésent. Quant aux programmes, on hésite entre télé-réalité, séries américaines périmées et jeux tous plus débilisants les uns que les autres. De quoi bien éduquer la jeunesse, qui à défaut d’être ouverte et dynamique sera malléable et formatée, prête à brouter comme un mouton dans ce monde libre vendu dans un joli paquet cadeau par l’économie de marché made in USA.

Mais attendez, neuf chroniques et je ne vous ai pas encore parlé de la "Jacky Touch" pourtant si chère aux Anglais ? Fast and Furious, film sublime s’il en est, a dû être érigé en chef d’œuvre ici, car quasiment un conducteur sur deux est un adepte du tuning. Tout y est : le boomer qui fait trembler les trottoirs, les jantes reluisantes, les ailerons, la moquette sur le volant, et même les néons sous la voiture, chose que je n’aurais jamais pensé voir ailleurs que dans des films. Si de mon point de vue c’est plus ridicule qu’autre chose, cela reste néanmoins symptomatique d’un certain comportement largement répandu par ici : avoir de l’argent c’est bien, le montrer c’est mieux. On s’affirme alors comme un winner dans cette loi de la jungle économique. Dans le même ordre d’idée les fashion-victims sont légions, et je ne parle pas seulement des jeunes adolescentes prépubères. Les nouveaux riches n’ont aucun scrupule à s’afficher en vous envoyant de la fringue de marque stylisée plein les yeux. On est très loin de l’hypocrisie mal assumée du bourgeois bohème.

Je pourrais vous parler de ce sujet pendant des heures tellement il me tient à cœur. Evoquer les services publics qui n’ont plus rien de public puisqu’ils devaient faire tâche dans le paysage économique. Parler du système bancaire où tout est fait pour pigeonner le client, sans la moindre marque de considération. Vanter les mérites du blairisme qui n’est rien d’autre qu’un capitalisme dissimulé, peut-être moins apparent mais tout aussi redoutable. Mais à quoi bon prêcher dans le désert…

Le Grande Bretagne est un beau pays en bien des points, mais a pour principal défaut de se bercer d’illusions. Illusion de croire qu’elle forme une vraie nation ; mais comment peut-on prétendre réunir sous la même bannière des peuples aussi différents que les Anglais, les Gallois et les Ecossais ? D’ailleurs posez-vous une question : comment appelle-t-on les habitants du Royaume-Uni ? Vous pourrez chercher autant que vous voudrez, il n’y a pas de réponse. En vérité ce Royaume n’a d’uni que le nom. Illusion surtout de croire que ce pays est libre et indépendant sur la scène internationale, bien aidé en cela par son statut forcément particulier d’insulaire et par la supposée puissance du Commonwealth. Mais ce que je vois tous les jours ce n’est qu’un chiot tenu en laisse par l’impérialisme américain. Pourtant ce sont bien les descendants des colons britanniques qui ont fondé les Etats-Unis… Alors au final, qui est à l’origine de tout ça : l’œuf ou la poule ?


(Chroniques d'un expatrié 9/11, 19.08.2007)



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