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dje
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Parce que désillusion est le plus joli mot qui existe, entrez dans mon monde de chroniqueur désabusé
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Catégorie :
Blog Société
Date de création :
01.07.2007
Dernière mise à jour :
21.07.2008
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Don't panic...

Don't panic...

Posté le 26.08.2007 par Djé
J’ai pas envie d’écrire ce soir. Vraiment pas. Mais je vais me forcer parce que je me suis promis d’aller jusqu’au bout de ces onze chroniques. Et puis ça m’aidera peut-être à expier le dégoût qui m’envahit de plus en plus, à répondre à ces questions qui tournent sans cesse dans ma tête devant de telles horreurs. Cette semaine un gamin de onze ans a trouvé la mort, ou alors c’est l’inverse, je ne sais plus trop… Il jouait innocemment au football sur un parking dans un quartier de Liverpool, et il a reçu trois balles, dont une dans la tête. Froidement. Sans raison. L’auteur de ces coups de feu ? On peut lui aussi le qualifier de gamin, parce qu’il a beau appartenir à un gang armé il n’en reste pas moins qu’il n’a que seize ans. Le scénario est sordide, la chute tragique. Mais ce n’est pas un film. Welcome back to reality.

Apparemment l’acte serait une méprise. Mais quel genre de méprise peut pousser à abattre un enfant de onze ans ? Peut-être était-il soupçonné d’être un caïd du coin, un revendeur d’armes, ou bien la plaque tournante d’un réseau de drogue. Un peu de sérieux… Dans le flot d’atrocités déversé chaque jour par ce monde en crise, celle-là me choque plus que les autres, à cause de son caractère gratuit, de l’incompréhension qu’elle provoque, aussi parce qu’elle heurte ma sensibilité de possible futur parent.

Dans un sondage récent, les Britanniques se disent horrifiés par la montée de violence qui secoue leur pays. Il y a de quoi. Ca me fait rigoler quand on parle de l’insécurité en France, cette chimère montée de toutes pièces par des médias sous contrôle à la merci de personnages aussi dangereux qu’ils sont haut placés. Ici la réalité est toute autre, et les réseaux d’armes et les guerres de gangs existent bel et bien. Même si le Sud de l’Angleterre est relativement épargné, on m’avait averti dès le premier jour des quartiers où il ne fallait pas aller. J’avais écouté avec scepticisme, en me disant que la crédulité des gens était décidément propice à créer des psychoses sans fondements. Mais le peu que j’ai pu voir lorsque je suis parti à la recherche désespérée d’un playground me fait penser que, finalement, c’est peut-être moi le naïf dans l’histoire. Je vous présentais dans ma dernière chronique la dépendance au modèle américain dans ses aspects les plus légers. Voilà maintenant une autre partie du paysage.

Attention ce n’est pas le Bronx non plus, je ne voudrais pas faire du sensationnalisme à la TF1. J’essaie juste de retranscrire ce que je vois de mes propres yeux, et je vous assure que ce n’est pas très encourageant. Les experts britanniques tentent de comprendre les raisons d’un tel phénomène, les Anglais étant sur ce point moins cons que les Français, qui préfèrent (mal) guérir que prévenir. Il ne s’agit pas d’excuser ou de justifier un acte aussi épouvantable que celui qui a eu lieu cette semaine, mais juste d’essayer de pointer les défaillances du système qui amènent à ça. Deux choses sont principalement montrées du doigt, résumées par cette phrase d’un sociologue : "Nous n'avons ni les structures familiales de l'Europe du Sud ni les systèmes sociaux de l'Europe du Nord".

Le premier argument est on ne peut plus vrai, car il est ancré dans la culture britannique. L’expression "fossé générationnel" prend tout son sens ici, pour des raisons que je ne saurais expliquer. C’est un étonnement permanent de constater à quel point adultes et jeunes semblent vivre dans des mondes différents, se croisant sans se regarder, se côtoyant sans se parler. Les structures familiales éclatées ont sûrement un rôle à jouer, toujours est-il qu’il semble n’y avoir plus aucun lien entre les adolescents et le reste du monde, sans grands-parents pour les conseiller ni grand frère pour les aiguiller. Les gamins traînent dans la rue à toute heure dès l’âge de huit ans, certes autonomes mais aussi fatalement influençables. Il ne nous appartient pas de juger cela, car c’est juste un comportement normal ancré dans une culture différente de la notre. Mais il est pourtant vrai que cela peut expliquer certaines choses.

Quant à la deuxième explication … que dire de plus si ce n’est qu’effectuer une telle constatation et ne rien faire pour changer les choses est à la limite de l’indécent. Pas de systèmes sociaux, pour un pays qui se vante d’avoir mis sur pied un modèle social adapté aux contraintes économiques ? Le voici donc, le coté obscur du présumé miracle anglais. Le travaillisme tellement admiré et montré en exemple dans nos pays n’est que de la poudre aux yeux, et il faut des drames comme celui de Liverpool pour que certains arrêtent enfin de se voiler la face. Le système est efficace, il n’y a pas à en douter, mais seulement pour les plus riches, ceux qui justement n’ont pas besoin de systèmes sociaux. Quant aux autres, ils n’ont qu’à essayer de remonter la pente pour accrocher le bon wagon, alors à leur tour ils pourront profiter du miracle. Sinon tant pis pour eux. En gros on a juste changé "la merde pour tous" en "chacun sa merde". Belle vision du monde…

Au vu de tout ça, je commence à avoir vraiment envie de rentrer en France. Et pour y voir quoi ? Des dirigeants qui traitent des êtres humains comme de vulgaires rats d’égout en les chassant à coups de répulsifs industriels. La dérive est peut-être moins choquante – et encore – mais elle est bien plus dangereuse car elle agit sous couvert de la loi. Non, décidément, l’herbe n’est jamais plus verte de l’autre coté. Expatrié ou simple citoyen du monde, où que l’on puisse aller la merde sera toujours collée sous nos chaussures.


(Chroniques d'un expatrié 10/11, 26.08.2007)



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