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Parce que désillusion est le plus joli mot qui existe, entrez dans mon monde de chroniqueur désabusé
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Catégorie :
Blog Société
Date de création :
01.07.2007
Dernière mise à jour :
21.07.2008
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Good game

Posté le 18.02.2008 par dje
C’est un nouvel épisode dans la grande histoire des relations franco-britanniques. Une nouvelle raison de renforcer cette inimitié légendaire entre les cousins ennemis, que tout sépare à tel point que l’on a parfois l’impression que la Manche est plus large que le plus étendu des océans. Non je ne parle pas du "crunch", ce France-Angleterre de samedi prochain qui marque traditionnellement le sommet du Tournoi des Six Nations. Même en période rugbystique intense, je ne vais tout de même pas baser toutes mes chroniques sur ma passion de cette drôle de balle qui rebondit bizarrement. Mais après tout la nouvelle provocation que nous adressent les Anglais n’est peut-être pas totalement innocente à quelques jours d’un match qui déchaîne toujours les passions d’un coté comme de l’autre.

Ce dont je veux vous parler est une information totalement insignifiante, mais révélatrice de décennies de chamailleries. Connaissez-vous la série des petits livres "Monsieur-Madame" ? Ces petites histoires cultissimes pour plusieurs générations de gamins insatiables sont depuis quelques années adaptées en série télévisée en Grande Bretagne. A l’heure de la toute puissance cathodique, il est aussi triste qu’inévitable de voir ce genre de petits formats passer derrière l’écran. Je ne peux m’empêcher de penser que cela enlève tout le charme de ces petits personnages comiques, tout en accentuant le rejet progressif du livre dans l’esprit de nos chères têtes blondes. Mais l’objet de mon propose n’est pas de pleurer sur cet état de fait qui est de toutes façons inéluctable.

Le dernier personnage mis en scène dans la série va s’appeler "Monsieur Malpoli", et sa caractéristique principale sera de posséder un fort accent français. Parmi ses occupations préférées, on notera notamment tirer la langue aux enfants et se faire tirer le doigt pour déclencher une flatulence. La grande classe en somme. Serait-ce donc ainsi que nous sommes perçus outre-manche ? Visiblement oui, car les Français sont là-bas quasi-unanimement reconnus comme manquant singulièrement de politesse. Pour avoir vu la réalité de mes propres yeux, je me permets d’émettre des doutes sur la capacité des Britanniques à nous donner des leçons dans le domaine, car il est évident que l’hospitalité et la disponibilité qui ont fait la légende du "so british" ont pris du plomb dans l’aile par rapport à l’image que l’on s’en fait. Non l’impolitesse n’est pas l’apanage du peuple de France – même si il est évident que nous n’avons rien à envier à personne dans ce domaine.

Le plus curieux dans l’histoire tient évidemment dans les réactions choquées des français. Et vas-y que les Anglais nous prennent de haut, se croient supérieurs, nous méprisent, font preuve de racisme anti-français, j’en passe et des meilleures. Messieurs-dames, ce manque total de sens de l’humour n’est pas du tout à notre honneur et justifie à lui seul que nous soyons qualifiés de malpolis à l’étranger. Comment ça, faire tomber les Français de leur piédestal, c’est inadmissible ! Ce qui n’est qu’une petite anecdote légère prend des tournures d’incident diplomatique, ce qui soit dit en passant doit bien faire rire les Anglais. Nous nous caricaturons nous-mêmes, et après cela nous nous étonnons que nos voisins grossissent un peu le trait pour nous taquiner. C’est pourtant une réaction aussi logique que compréhensible, et dont nous sommes également friands quand il s’agit de se moquer des autres pays : blagues belges ou surnoms douteux (rosbifs, ritals, etc…) pour ne citer que quelques exemples. La paille dans l’œil du voisin, vous connaissez ?

Soi-disant les Anglais ne nous aiment pas. Ce n’est absolument pas la vérité, c’est juste que nous ne faisons aucun effort pour comprendre leur humour, qui il est vrai demeure très particulier. Qui aime bien châtie bien pourrait être la devise des relations avec la France depuis l’Angleterre, car les Anglais ont vraiment beaucoup d’affection pour nous. Mais en peuple latin et fier nous n’acceptons pas d’être taquinés. Le résultat, c’est que ce sont les Français qui au final n’aiment pas les Anglais, tout ça pour quelques chamailleries sans importance. On admire et on respecte Irlandais, Ecossais et Gallois, mais les Anglais pas question ! Ce sont nos ennemis historiques et il n’y aucune raison que cela change. Et ça vous étonne que "Monsieur Malpoli" ait l’accent français après ça ? Si je peux me permettre, voilà un retour de bâton que l’on n’a pas volé.

Vous l’avez compris, six mois après mon expérience anglaise, je ne cesse de me délecter de ces petites histoires futiles. Elles contribuent à bâtir une légende à la peau dure entre deux nations qui n’ont pourtant plus aucune raison de se regarder autant de travers. C’est gentillet dans la plupart des cas, donc je me permets d’en parler sur le ton de la légèreté, mais cela reste tout de même révélateur d’un certain état d’esprit parfois un peu douteux. Si Monsieur Prétentieux ou Monsieur Susceptible existaient dans l’imaginaire fourmillant d’inventivité des "Monsieur-Madame", je ne serais que très peu étonné qu’ils aient eux aussi l’accent français. Comme ça, juste pour nous titiller et nous faire monter au créneau une fois de plus contre cette perfide Albion qui n’en finit plus de se moquer de nous dans une insolence infinie. Toute la délicate subtilité du troisième degré…

De toutes façons dormez sereins cher peuple de France, ce week-end l’affront sera lavé et l’Anglois sera bouté hors du Stade de France par quinze révolutionnaires déchaînés. Et là, comme d’habitude, nos cousins d’en face nous donneront une leçon de fair-play en ré-inventant le personnage de Monsieur Hypocrite le temps de nous adresser un "good game" prononcé du bout des lèvres. Car oser battre le XV de la Rose est évidemment la plus grande des impolitesses.


(C'est donc ça nos vies... 17.02.2008)



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La balle à l'aile, la vie est belle !

Posté le 11.02.2008 par dje
Il y a des week-ends comme ça où tout réussit. Serait-ce le retour du printemps qui se manifeste depuis trois jours par un soleil radieux ? Peut-être… Mais on sent en se levant que l’on est en pleine forme, serein, prêt à affronter la journée sans entraves malgré la quantité étouffante de choses à faire. Pourtant en y réfléchissant il ne s’est pas passé grand-chose pendant ces deux jours, mais bon je me suis juste senti bien, à ma place. Et ça fait bien longtemps que ça ne m’était pas arrivé.

Bon d’accord, il y a bien eu quelque chose de fort personnellement pour moi ce week-end. Si vous n’avez jamais fait de sport collectif passez votre chemin, vous ne pourrez pas comprendre ce que je vais raconter. C’est l’histoire d’émotions comme seul le sport peut vous en procurer. L’histoire d’une amitié masculine, fière et rugueuse, entre un groupe de gars de tous âges et toutes origines qui commencent à jouer ensemble au basket en septembre alors qu’ils ne se sont jamais vus. Méfiance de l’inconnu, rivalités, tensions, c’est le lot quotidien d’un début de relation entre hommes. Et le basket, le plus individuel des sports d’équipe, se prête parfaitement à ce petit jeu tacite. Mais peu à peu on apprend à se connaître, bien obligés par un enjeu commun qui nous fait dépendre des nos coéquipiers. L’amitié commence à se lier en même temps que les langues, elles, se délient, et un groupe commence à naître, avec ses personnalités et sa vie propre.

Et puis un jour on vous annonce que l’on va jouer le match de l’année, celui qui va déterminer ou non si ce groupe né de nulle part à une raison d’être. Ça part mal, très mal, au point de voir cette jolie fraternité se déliter quand on est menés de huit points à une minute de la fin de ce match si important. Mais la magie opère subitement, le phénix renaît de ses cendres, on se met à y croire ensemble, à pousser ensemble, à gagner ensemble. Et quand à l’ultime seconde un shoot sorti de nulle part scelle la victoire la plus inespérée qui soit, l’adrénaline se libère d’un coup, violemment. On se jette dans les bras de ces gars qu’on ne connaît que très peu en dehors du terrain, sans trop savoir ce qu’il se passe, poussés par une force étrange. On comprend d’un coup pourquoi les footballeurs font trois tours de stade quand ils marquent un but. On se dit que c’est si beau le sport. On remercie son père de nous avoir poussé vers l’entrée du gymnase tout gamin. On comprend enfin ce qu’est une histoire sincère, profonde. Une histoire d’hommes.

Ce moment restera longtemps gravé dans ma mémoire, comme beaucoup d’autres, car je n’ai pas honte de dire que j’ai vécu avec le sport quelques-uns des moments les plus forts de ma vie émotionnellement parlant. Il y a deux façons de vivre un évènement sportif, en étant acteur ou spectateur. Les deux sont différents, très différents mêmes, mais je ne suis pas sûr que l’un soit plus fort en émotions que l’autre. J’ai vibré ce samedi comme je l’avais fait lorsque la France avait battu les All-Blacks en 1999 ou plus récemment en octobre dernier. J’avais hurlé de libération de la même manière en mettant le tir au but décisif d’un huitièmes de finale d’un tournoi annuel de foot qu’en suivant le troisième but français contre le Brésil en 1998. C’est juste la magie du sport, qui vous fait oublier quelques secondes tout ce qui vous entoure pour vous plonger dans une espèce de transe inexplicable. Peu importe les enjeux et les implications du résultat, peu importe le niveau auquel on joue, c’est à chaque fois le même bonheur.

Un sport en particulier symbolise bien toutes ces valeurs d’un groupe qui avance ensemble, soudé malgré les personnalités très différentes qui le composent, c’est bien sûr le rugby. Rochelais de cœur et de sang, j’ai été piqué au virus très jeune lorsque mon père – encore lui – m’a traîné au stade pour assister à un match amical de l'équipe historique de la ville, le Stade Rochelais. Bilan des courses : rencontre arrêtée à vingt minutes de la fin pour cause de bagarre générale. Comme première expérience on fait mieux ! Mais trop tard, le pli était pris… Et depuis chaque week-end je suis avec fébrilité les exploits de ces joueurs qui représentent ma ville, mes attaches, symboles de ce fil ténu qui me raccroche encore un peu à mes origines. J’ai chaviré de bonheur pour certaines victoires arrachées au bout du suspense, comme une pièce de théâtre finement réglée pour garder intacte l’attention des spectateurs. J’ai pleuré aussi quand j’ai vu cette équipe si fière subir les affres d’une relégation et dire au revoir au plus haut niveau. J’ai vécu ces moments comme si moi-même j’étais joueur, rêvant d’exploits et de reconnaissance comme un gosse qui n’aurait pas grandi.

"Ecole de rugby, école de la vie" a-t-on l’habitude de dire. Pourquoi cela ? Parce que c’est peut-être le seul sport qui donne sa chance à tout le monde sans préjugés. Du petit teigneux au colosse monolithique, de l’athlète superbement proportionné au gras-du-bide un peu empâté, tout le monde a sa place sur un terrain de rugby. Comme un raccourci de la société, sans exclus ou laissés pour compte, chacun a la possibilité de s’exprimer en fonction de ses qualités. Quant à l’esprit rugby, je ne vais pas commencer à m’étendre dessus sinon je suis parti pour en écrire trois pages. Un mélange de fraternité, de respect mutuel, d’agressivité toujours saine et d’amitiés taciturnes. On a en tous cas tous beaucoup à apprendre de cette atmosphère si particulière qui règne autour d’un terrain de rugby. Encore une fois, celui qui n’a jamais trempé dans ce milieu ne peut pas comprendre de quoi je parle. Et il ne sait pas ce qu’il rate…

En ce dimanche soir je vais encore aller me coucher un peu fatigué, mais la tête dans les étoiles, le regard encore un peu rêveur. C’est que demain j’ai un entraînement à assurer, il s’agit de ne pas se relâcher ! C’est aussi ça le sport, une remise en question permanente. Voilà peut-être la raison principale pour laquelle j'aime tant ça.


(C'est donc ça nos vies... 11.02.2008)

Madame Monsieur bonsoir

Posté le 04.02.2008 par dje
J’ai toujours aimé suivre les journaux d’information, quelque soit le média utilisé. Pas uniquement pour me tenir au courant des actualités, mais par simple curiosité de savoir sous quel angle les faits seront présentés, s’imaginer comment sont tirées les ficelles dans l’envers du décor. C’est une surprise de chaque instant, qui nous incite à aiguiser notre sens critique et nous oblige à prendre le recul nécessaire à une bonne appréhension des évènements. C’est particulièrement croustillant en termes de presse écrite, là où le seul nom du journal suffit à deviner par avance les analyses toujours très subjectives des faits de société. Journaux de gauche, de droite, acides, consensuels, intellectuels, populistes, adeptes du contre-pouvoir quel qu’il soit, il y en a pour tous les goûts et toutes les envies. La diversité créant la richesse, je ne pense pas trop me tromper en pensant que l’on a l’une des presses écrites les plus dynamiques du monde.

Ce compliment ne s’étend malheureusement pas aux circuits de distribution de masse que sont les grandes chaînes de télévision, d’une pauvreté parfois édifiante. Alors pourquoi cette variété tellement intéressante sur papier disparaît-elle aussi sec sur nos écrans ? Simplement parce que le lecteur du journal est supposé prendre plus de temps et d’attention à l’information qu’il lit, et n’est pas dans la consommation passive de flashs conçus à la va-vite où la forme compte plus que le fond. Le journaliste de presse écrite a donc tout le loisir d’expliquer le fond de sa pensée et de justifier ses prises de position., ce qui permet de mieux comprendre tous les aspects d’une problématique, y compris ceux avec lesquels on n’est pas nécessairement d’accord. C’est ce que l’on appelle le dialogue.

Malheureusement, le temps manque, le temps presse, le temps fuit, les gens courent après une vie qui leur échappe jour après jour et n’ont plus le temps d’ouvrir un journal. Au contraire, l’époque est à l’ingurgitation forcée d’information prémâchée, plus reposante pour le cerveau, plus facile à réaliser aussi. On préfère avoir le sentiment rassurant de tout comprendre du monde qui nous entoure sans même avoir à faire l’effort de réfléchir, et ça la presse télévisée l’a bien compris. Par le peu de temps qui est imparti à un journal de vingt heures, par l’absence totale de diversité des chaînes qui interdit information et contre-information de s’affronter dans un jeu de ping-pong profitable pour tous, les JT se devraient d’être parfaitement objectifs et de ne pas influencer le téléspectateur. Pas de jugements de valeurs, pas de procès d’intentions, pas d’opinions personnelles. Des informations aussi neutres que des Suisses en pleine guerre mondiale. Bien sûr, nous savons tous qu’il n’en est rien, et ce n’est pas peu dire.

Même en démocratie les médias de masse sont contrôlés par le pouvoir, ce n’est un secret pour personne. Combien d’évènements passés sous silence car ils pourraient nuire à certains personnages haut placés… N’avez-vous jamais entendu une information matinale à la radio disparaître dès le flash suivant ? Big Brother is watching you, plus que jamais, et ses oreilles traînent partout. Au diable la liberté d’expression, la raison d’Etat est plus importante que tout. Cette tendance ne cesse de me poser des questions existentielles. Un journaliste n’est-il pas au départ quelqu’un qui a la volonté d’informer ses concitoyens de la réalité des choses, sans céder aux pressions et aux chantages ? Cette conviction est-elle donc si faible qu’ils en oublient le fondement de leur métier à la moindre promesse de carrière ? Le rôle du journaliste dans nos sociétés est devenu tellement important qu’ils devraient à l’instar des médecins prêter serment lorsqu’ils entrent dans la profession. Ca ne changerait rien c’est sûr, mais au moins ça en ferait réfléchir quelques-uns.

Ce devoir de neutralité des grands médias a bon dos car il est brandi comme un étendard par les dirigeants au moment opportun, alors qu’ils s’en moquent éperdument la plupart du temps. Il y a tout de même des fois où j’aimerais que le discours politiquement correct disparaisse, que la neutralité laisse place à quelques prises de position, sans pour autant remettre en question une certaine forme d’objectivité. Comment vous dire … J’ai la colère qui monte lorsque l’on relaye le discours de Sarkozy sur les racines chrétiennes de l’Europe sans même évoquer les répercussions sous-jacentes sur le concept de laïcité auquel notre pays est si attaché. Ethiquement parlant, je ne vois pas grande différence entre le long manteau d’églises et le port du voile dans des lieux publics. Ou lorsque que l’on présente Daniel Bouton, directeur de la Société Générale, comme une victime larmoyante alors que tout ce qu’il a à craindre c’est un parachute doré en cas de renvoi par ses actionnaires. C’est là que le vrai journaliste devrait appuyer, pour expliquer à ceux qui ont perdu l’habitude de réfléchir que plusieurs aspects sont toujours présents dans un fait aussi banal soit-il, que la vérité unique n’existe pas.

Au lieu de ça le rôle du journaliste est devenu celui d’un relayeur de statistiques, puisque le pouvoir du chiffre est devenu tout-puissant dans le subconscient général. Le président baisse dans les sondages ? Ah oui, c’est que sa politique ne doit pas être la bonne. Bien vu, mais c’est un peu tard pour ouvrir les yeux…. Le moral des ménages est au plus bas ? Décidément la France va mal. Tiens, on ne s’en était pas rendu compte, heureusement que les statistiques sont là pour nous le rappeler. Question subsidiaire au fait, savez-vous comment ce fameux et si abstrait moral des ménages est calculé ? Tant que l’on me l’aura pas expliqué, voilà un indicateur qui me laissera aussi froid qu’une stèle de marbre. Et je ne parle pas de l’arnaque statistique du siècle qu’est le soi-disant recul du chômage ; recul du nombre d’inscrits à l’ANPE serait tellement plus juste, et la nuance est de taille…

Heureusement chaque dérive a sa solution pour être contrecarrée. La suppression de la publicité sur le service public rendra à coup sûr ses lettres de noblesse au journalisme télévisuel en le libérant des contraintes économiques. Si si je vous jure, c’est un sondage qui l’a dit…


(C'est donc ça nos vies... 03.02.2008)

Le vilain petit mouton

Posté le 27.01.2008 par dje
La génétique est un domaine passionnant, capable d’expliquer jusqu’aux phénomènes naturels les plus complexes par une logique scientifique implacable. Ca on le sait déjà depuis longtemps. Ce que l’on commence à découvrir en revanche, c’est qu’elle est aussi à l’origine d’évolutions inexpliquées et quelque peu étranges. Ainsi, des chercheurs viennent enfin de trouver la raison à un problème crucial, celui de la diminution du nombre de moutons noirs dans les troupeaux sauvages écossais. A la base plus nombreux que leurs congénères à la laine blanche, les moutons noirs sont en outre plus corpulents et donc plus adaptés à la sélection naturelle. Pourtant, le nombre de moutons noirs décline depuis plusieurs années à cause d’une véritable guerre des gênes, puisque les gênes porteurs de la caractéristique "fourrure claire" tendent à donner une meilleure santé générale à l’animal. Et on assiste en conséquence à une surreprésentation des moutons blancs par rapports aux moutons noirs. Evolution anthropomorphique troublante par les temps qui courent où il ne fait pas bon avoir le teint coloré.

L’information est bien sûr anecdotique, mais interpelle forcément par les nombreux parallèles que l’on peut lui trouver. La sélection naturelle serait donc raciste ? Après tout ça paraît logique pour une théorie de l’évolution qui a pour principe fondateur la prolifération des espèces par des critères d’adaptation au monde extérieur. En quelque sorte la version scientifique de la loi du plus fort. A l’échelle humaine on appelle ça eugénisme et c’est - heureusement - un crime contre l’humanité, mais la Nature l’appliquerait impunément… Pire que ça, l’apparence extérieure de l’animal serait dans cet exemple arbitrairement prise en compte pour appliquer une sélection naturelle, en sus de critères de survie. Voilà de quoi remettre en cause beaucoup de nos convictions éthico-scientifiques. Mais le sujet est bien trop sensible pour l’aborder sur la corde raide du troisième degré, car si l’on dérape gare à la chute ! Ne comptez donc pas sur moi pour m’aventurer sur ce genre de terrain glissant.

Cette histoire de mouton noir ne prend tout son sens qu’une fois mise en relation avec la célèbre formule du langage courant utilisée pour désigner un individu se démarquant au sein d’un groupe. Personnellement cette expression m’a toujours dérangé, pas nécessairement pour le caractère raciste quelle sous-entend – cette interprétation-là n’est qu’une déformation du sens basique – mais plutôt à cause de l’idée qu’elle véhicule : si on n’est pas intégré à un groupe, alors on en est exclu. Une vision manichéenne des choses soulignée par l’antagonisme blanc-noir que l’on peut retrouver dans de nombreux thèmes issus de la culture populaire, comme par exemple le vilain petit canard. Le fait que le caneton délaissé se transforme finalement en cygne majestueux ne m’empêchera pas de voir la morale de l’histoire : un individu différent est toujours considéré comme marginal. Que ceux qui ne sont pas d’accord avec cette interprétation m’expliquent l’utilité du mot "vilain" dans le titre. Qu’il soit noir ou vilain, celui qui marque sa différence, de façon volontaire ou non, passe inexorablement pour un intrus selon un jugement aussi péjoratif qu’unanime.

Faisons l’effort de remonter plus loin encore, jusqu’à l’origine de cette formule toute faite du "mouton noir" que nous employons sans en connaître la genèse. Pour cela petit tour sur le plus fidèle ami de l’homme en quête de savoir, l’un des plus beaux outils pour promouvoir massivement des généralités bon marché, j’ai nommé Wikipédia. Où l’on nous explique que l’expression vient de l’anomalie de quelques moutons à la fourrure noire dans certains troupeaux. Jusque là rien de bien folichon. La suite vaut par contre son pesant de cacahuètes : "Certains y voient un caractère raciste ou xénophobe mais l’expression vient du contraste entre les moutons blancs (normaux) et les moutons noirs (différents)". La belle affaire ! Pour ceux qui n’ont pas compris, ce n’est absolument pas raciste mais les blancs sont normaux et les noirs sont différents. Le raccourci est peut-être facile, mais c’est clairement ce que je lis entre les lignes dans cet article. De quoi rappeler aux plus naïfs qu'un site communautaire est nécessairement à manier avec une infinie précaution.

Le prolongement de la réflexion nous amène inévitablement à la dernière affiche de campagne du parti populiste suisse, qui a fait le tour des journaux du monde entier. On y voit des moutons blancs expulser à coups de pattes un mouton noir du territoire suisse, le tout rehaussé d’un slogan des plus évocateurs : "pour plus de sécurité". Difficile de faire plus explicite. Là encore, les dirigeants du parti se défendent de toute interprétation xénophobe, arguant qu’ils n’ont fait qu’exploiter le mythe du mouton noir. Auraient-ils fait un tour sur Wikipédia eux aussi pour vérifier la façon de penser de la bonne vieille sagesse populaire ? Démagogie quand tu nous tiens… S’il y a en tous cas une chose à laquelle cette affiche a servi, c’est bien à créer une polémique stérile qui a presque fait oublier derrière un écran de fumée que le ver de l’extrême-droite a durement progressé en Suisse, continuant de fait son pourrissement de la pomme européenne après avoir rongé tour à tour l’Autriche (Haider), les Pays-Bas (Fortuyn), l’Italie (Berlusconi) et la France (Le Pen) pour ne citer que les cas les plus marquants.

Entre hypocrisie et langue de bois, entre xénophobie assumée et racisme latent, le thème du mouton noir cache au final bien plus de choses qu’il n’y paraît. L’ambiguïté de son interprétation en fait en tous cas un sujet très à la mode en ces temps troublés, et je ne suis pas sûr que l’on doive s’en réjouir.


(C'est donc ça nos vies... 27.01.2008)

Prêt à profiter de nous ?

Posté le 20.01.2008 par dje
Question à mille euros : quelle est la destination touristique préférée des habitants de Sofia ? Vous ne savez pas ? La réponse est pourtant simple, puisqu’il s’agit d’Athènes, cité éternelle dont la richesse de l’histoire transpire de l’architecture de chaque bâtiment. Mais si les Bulgares se déplacent en masse vers la capitale grecque, ce n’est pas pour l’Acropole, le Parthénon ou encore le Stade Olympique, mais pour aller faire leurs courses à l’Ikea du coin. Drôle d’idée tout de même… En effet, devant l’obstination de la firme suédoise à ne pas s’installer à Sofia, les consommateurs n’hésitent plus à parcourir les sept cent kilomètres qui séparent les deux villes juste pour avoir leur dose de mobilier à prix réduit. Voilà une des conséquences pour le moins inattendues de l’ouverture des frontière entre pays européens.

Le symbole est marquant pour Ikea, l’un des fers de lance de cette société de consommation à outrance voulue par la toute-puissance de l’économie de marché, peut-être l’entreprise qui a le plus profité de la magie de la mondialisation ces dernières années. Le principe a été testé et maintes fois approuvé : on y va pour acheter une table, on ressort avec une armoire, deux tapis, quelques luminaires, un ensemble de chaises … et pas de table. Vous savez sûrement de quoi je parle. Une incitation à la surconsommation et au matérialisme que nous acceptons tous avec allégresse, et qui nous fait posséder des dizaines de choses dont nous n’avons strictement aucune utilité. Sans tomber dans une idéologie fortement inspirée du Fight Club, on est en droit et même en devoir de se poser quelques questions sur les conséquences d'une telle évolution.

J’entends déjà certains m’accuser de cracher dans la soupe, car après tout chacun s’y retrouve dans cette histoire : Ikea accroît son chiffre d’affaires, les Bulgares ont les meubles qu’ils convoitent, et Athènes voit ses revenus touristiques augmenter. Mieux que ça, des emplois sont même créés puisque des petits malins ont flairé le bon filon et ont mis en place des navettes Sofia-Athènes spécialement conçues pour aller faire ses courses à Ikea, leur affaire rencontrant un succès florissant. En voilà qui ont compris comment profiter des petites entreprises. Pour un flirt avec la crise….

Le bilan est donc au final plus que positif : la consommation est relancée, le chômage baisse, le moral des ménages s’améliore ; que demande le peuple ? Tous les indicateurs chers à nos politiques sont au vert, c’est bien la preuve que l’ouverture des marchés ça marche ! Pourtant quelque chose me chiffonne… Comme l’impression fugace mais persistante qu’en détournant de la sorte toutes les règles de la concurrence, on est en train de scier la branche du sacro-saint capitalisme sur laquelle nous sommes assis. Comme le sentiment tenace qu’à force de s’affranchir de toutes les conventions sous prétexte de libéralisme, on se dirige tout droit vers l’anarchie économique la plus totale. Et comme la certitude que le jour où tout ça va nous péter à la gueule, ça risque de faire bien plus que de simples dégâts collatéraux.


Don Diego de la Serna
(Chroniques du Vengeur Masqué, janvier 2008)

C'est encore loin Dakar ?

Posté le 14.01.2008 par dje
L’image est surprenante, pour ne pas dire insolite. Dimanche 6 janvier, jour supposé de l’ouverture du Lisbonne-Dakar. Fin de vacances et retour forcé sur Paris, via cette autoroute A10 que je déteste autant vers le Nord que je l’aime vers le Sud. Et là sur la file de droite, je double deux voitures et trois camions du rallye, remontant vers la capitale car privés de leur aventure annuelle. Contraste troublant entre l’asphalte régulier de l’autoroute et la ligne racée de ces véhicules taillés pour le sable et la rocaille. A l’heure où ils auraient dû être en train de parcourir des chemins boueux à 200 km/h, les voici se traînant sur l’autoroute contraints par la dictature des radars de brider leurs cylindrées rutilantes.

Cet évènement renvoie inévitablement au débat qui fait rage autour de ce rallye-raid. Depuis des années déjà les amoureux et les détracteurs de la course s’opposent sur bien des points. Je ne m’étais jamais réellement intéressé à la question en détail, mais les évènements de cette année ont aiguisé ma curiosité. Pour ne pas faire comme tous ceux qui se permettent de juger depuis leur Tour d’Ivoire, se contentant de resservir des opinions prémâchées par l’opinion générale sans rien connaître des réalités, je me suis renseigné, j’ai écouté, j’ai observé. Et comme souvent personne ne m’a convaincu.

Comme tous les grands gamins perdus dans un monde de rêve, j’aurais plutôt tendance au départ à avoir une certaine admiration pour cette épreuve. Partir à l’aventure, traverser les dunes et les chemins rocheux, rouler à en perdre haleine, et se retrouver le soir avec les autres concurrents, harassés mais heureux. Que celui qui n’en a jamais rêvé me jette la pierre… Vision purement égoïste peut-être, en tous cas totalement déconnectée des réalités et des implications de la course, qui répond sans doute à notre besoin d’évasion de ce monde occidental aseptisé et déshumanisé. Prendre ce qu’ailleurs peut nous offrir. Prendre oui, mais ne rien rendre en retour, ce qui fatalement pose un problème éthique.

La critique la plus virulente revient la plupart du temps dans le fait que les Occidentaux prendraient l’Afrique pour leur terrain de jeu. Sans enlever la part de réalité qu’elle cache sans nul doute, voilà typiquement le genre de réflexion qui me met mal à l’aise. Une phrase bateau tout droit tirée d’une bonne morale niaise et sans fondements, mais qu’il fait bon de dire en société lorsque l’on ne connaît rien à la question car elle montre que l’on se sent concerné par les malheurs des pays africains. En disant cela, on a l’impression délicieusement rassurante de se donner une conscience vis-à-vis de cette Afrique que l’on a toujours pillée et délaissée, de tous temps et sans aucun scrupule, mais que l’on dit apprécier et respecter. Pour ma part je ne vois là-dedans qu’une forme insupportable de condescendance, une hypocrisie mal assumée car contenant encore des relents de colonisation. Alors si ce jugement de valeurs est suivi d’arguments et d’exemples concrets pour étayer l’idée, rien à dire. Mais c’est malheureusement rarement le cas.

Bien sûr de l’autre coté ce n’est pas brillant non plus. Ecouter les concurrents après l’annulation du rallye relève souvent du pathétique. A les entendre, les Africains les attendent impatiemment toute l’année, rêvant devant leurs chromes rutilants et oubliant leur misère pendant quelques jours. Les pilotes se sentent en quelque sorte des vendeurs de rêve pour ces pauvres petits noirs qui n’ont rien. A supposer que cela soit vrai, le rêve n’a jamais nourri personne. Tous nous vantent le fait que les populations les accueillent à bras ouverts, et qu’il faut avoir vécu le Dakar pour pouvoir pleinement comprendre son sens. Je ne demande qu’à y croire, mais quand la suite du discours vire dans le mélodramatique en déclarant qu’en annulant le rallye on abandonne l’Afrique à son sort, permettez-moi de douter de la crédibilité de telles paroles. Je cite : « Mais que va devenir ce continent sans le Dakar ? » On pourrait même se demander d'ailleurs comment diable les Africains faisaient-ils pour vivre avant le début de l’épreuve il y a trente ans ? Oser se poser de telles questions est révélateur d’un état d’esprit relativement déplacé - pour ne pas dire insultant - par rapport aux pays traversés.

Je n’ai pas dans l’idée de convaincre de prendre parti pour tel ou tel camp, pour la bonne raison que je ne sais moi-même quoi penser. La plus élémentaire des sagesses consiste à ne pas juger ce qu’on ne connaît pas, alors dans cette histoire encore je laisserai le doute guider ma réflexion. C’est d’ailleurs pour cela que je n’exposerai pas les arguments maintes fois entendus sur les problèmes de sécurité inhérents à la course ou, à l’opposé, les actions humanitaires menées en parallèle. A chacun de se faire sa propre idée. Ma seule opinion sur le sujet est que l’on devrait peut-être laisser les Africains s’exprimer, eux qui sont tout de même les principaux intéressés, au lieu de les instrumentaliser pour servir sa propre vision des choses. Là encore une certaine forme de condescendance est de mise, la même espèce de chapeautage malsain des affaires africaines que l’on a pu constater dans l’affaire de l’Arche de Zoé. Décidément le passé colonial semble encore bien proche dans l’esprit des Français qui se sentent responsables de populations sur lesquelles ils n’ont normalement aucune forme de pouvoir.

Dans toute cette polémique insoluble, on en a presque oublié les raisons tragiques qui ont poussé à l’annulation exceptionnelle du Dakar : le terrorisme a triomphé, froidement. Quels que soient les tenants et les aboutissants de l’épreuve, ce seul principe devrait suffire à faire réagir ensemble tous les protagonistes.


(C'est donc ça nos vies... 13.01.2007)

Politic Academy

Posté le 06.01.2008 par dje
Et ça y est c’est reparti. Une nouvelle année est passée, sans que je ne voie de grandes différences entre 23h59 et 00h01. Comme le veut la coutume, j’ai embrassé mes proches aux douze coups de minuit, sans grande conviction. Comme chaque fois, j’ai eu l’impression obsédante de me faire manipuler par un courant qui nous fait croire qu’il suffit de changer un chiffre pour changer nos vies. A d’autres… Pour ne faire de peine à personne, j’ai suivi la démagogie ambiante et souhaité une bonne et heureuse année à tous ceux qui comptent pour moi. Non pas que je ne crois pas à ces vœux, bien au contraire je souhaite de tout mon cœur le bonheur pour ceux qui m’entourent, mais je trouve ça tellement dérisoire, tellement futile, tellement désespéré… J’en avais pourtant des raisons de vouloir enterrer cette année 2007, mais la tête y était encore moins que les années précédentes.

Il y a longtemps que j’ai perdu l’habitude de prendre des "bonnes résolutions", sachant pertinemment que les promesses d’un soir de fête sont aussi peu fiables sur la durée que les mots doux plein d’espoirs d’une amourette naissante. Mais je m’étais quand même dit cette année que j’allais faire quelques efforts, ne serait-ce que pour avoir un peu plus de contrôle sur moi-même, sur mes émotions et mes ressentis, pour ne plus m’énerver pour rien, pour ne plus prendre parti pour des causes perdues. Prendre du recul par rapport à tout ce qui se passe autour de nous pour espérer toucher du doigt ce mot qui scintille comme une étoile au firmament : sérénité. Trois jours ont suffi pour briser ce bel état d’esprit, et il a suffi que j’ouvre un journal pour que mes vieux démons ne me rattrapent et que la colère ne monte en moi.

Vous n’avez pas pu rater l’information, elle fait la une des papiers et l’ouverture des 20h, sans que cela ne semble poser aucun problème aux journalistes chargés de l’annoncer. Je veux bien sûr parler de la notation que vont subir les ministres à partir de ce premier trimestre 2008, qui marquera à coup sûr un tournant dans la politique de ce pays. Nous voici de fait entrés de plein pied dans l’ère de la Politic Academy, où la destinée d’un ministre dépendra d’un nombre déposé sur son bulletin trimestriel. Cela faisait déjà longtemps que la communication était devenue le maître mot de nos dirigeants, multipliant les conférences de presse, les communiqués officiels, les déclarations fracassantes dont l’emphase du verbe cachent mal la pauvreté du texte. Mais là, d’un seul coup, on vient de franchir une étape qui n’est pas aussi futile qu’elle peut en avoir l’air.

L’évolution pourrait paraître aussi insignifiante qu’elle est risible. Juger nos ministres comme de jeunes écoliers, du premier de la classe au bonnet d’âne. En fonction des résultats peut-être certains iront-ils au coin avant d’être définitivement mis au piquet – mais que je sache ces pratiques n’ont pas attendu une vulgaire évaluation pour être mis en œuvre. Quelle est alors l’intérêt de cette notation ? On est en droit de se poser la question. Du ridicule on en vient au choquant lorsque l’on découvre que ce "travail" est effectué par les services d’un cabinet de consultants privés, et donc fatalement aux frais de l’Etat. Que dis-je l’Etat, je voulais bien sûr dire aux frais du contribuable : vous, moi, tous les Français autant que nous sommes. Et avec la flambée du marché du consulting, m’est avis que cela va se ressentir sur nos feuilles d’impôts… Vous me direz, cela devrait passer inaperçu au milieu des millions dépensés pour les déplacements aussi rapides qu’inutiles de notre cher Président, trimballant amis, femme et enfants dans les plus luxueux hôtels du globe aux frais de la princesse, ou encore pour les opérations communication visant à effectuer un Conseil des Ministres de façade dans les DOM-TOM. Ajoutons à ça les 140% d’augmentation du salaire présidentiel, et franchement on n’a plus aucune raison de douter du fait que la croissance est au plus haut ; l’Etat français ne sait même plus quoi faire de son trop-plein d’argent…

Ridicule et choquante, cette évaluation devient également profondément inquiétante si l’on considère les critères retenus pour chaque ministère. Petite revue de détails. La Culture par exemple sera jugée en fonction du taux de fréquentation des musées. Peut-être que je suis idiot, mais quelqu’un pourrait-il m’expliquer comment un ministre peut influer sur le nombre d’entrées dans un musée ? Cela me laisse perplexe… L’Education, poids lourd du gouvernement, sera d’autant bien notée que le nombre d’heures supplémentaires effectuées par les enseignants augmentera. Ah oui, c’est bien ça, faut les mettre au boulot ces fainéants ! Il serait temps qu’ils comprennent le concept du "travailler plus". Après tout l’Ecole aussi doit s’adapter à l’époque de l’économie de marché. Le savoir s’achète, ne l’oublions pas !

Enfin, et c’est ce qui fait bien évidemment le plus froid dans le dos, le tout nouveau Ministère de l’Immigration sera jugé au nombre d’étrangers reconduits à la frontière. Après le système des quotas, on franchit un nouveau pas dans la dérive xénophobe. Le régime de Vichy n’aurait rien trouvé à redire... Certains n’avaient pas hésité à parler de rafle à Cachan l’an dernier, j’ai moi-même l’impression que l’on est en train de mettre sur pied une version subtile et moderne des trains de la mort - destination différente certes, mais méthodes identiques. Le fait que cette information soit unanimement relayée sans scrupules et sans états d’âme par les médias et les personnages publics prouve en tous cas que le réseau dirigeant est bien implanté. Quelles qu’en soient les motivations, je ne pense pas exagérer en évoquant le terme de "collaboration"…

Alors, vous avez toujours envie de souhaiter à tous une bonne année 2008, pleine de tolérance et de bonne humeur ? De mon coté c’est décidé, la sérénité attendra encore l’année prochaine.


(C'est donc ça nos vies... 06.01.2008)

Show must go on

Posté le 03.01.2008 par dje
Quatre mois que ce blog était à l'abandon. Après cette expérience estivale j'avais besoin de prendre du recul par rapport à mes chroniques, histoire de tater la température, de recueillir des réactions. Les échos que j'ai eu m'ont poussé à continuer, mais faute de temps je ne m'y étais pas remis. Ou alors le feu sacré m'avait-il quitté pendant cette fin d'année 2007...

En ce début d'année 2008 je reprends le flambeau. Pas par la force démagogique d'une bonne résolution, loin de là, juste que des évènements me poussent à réagir, presque malgré moi. Une force me pousse vers le clavier pour exprimer mes états d'âme. Parce que j'ai encore envie de partager mes coups de gueule, mes coups de coeur, mes coups de blues. Et que si ma voix n'est qu'un souffle infime comparé aux vents dominants de ce monde, elle contribuera peut-être à pousser certaines voiles dans une direction différente.

Une nouvelle chronique sera donc présente tous les dimanches, plus ou moins laborieuse, plus ou moins heureuse, plus ou moins appréciée. En attendant, je vous mets en ligne les Chroniques du Vengeur Masqué que mon double schizophrène Don Diego de la Serna publie depuis deux ans dans un journal étudiant. Car comme le dit le proverbe: "Pour vivre heureux, vivons cachés ... mais pas trop longtemps!"


Djé

Altius, Fortius, Cresus

Posté le 03.01.2008 par dje
Les Jeux Olympiques approchent à grands pas. C’est en effet l’été prochain que toute la famille mondiale du sport va se retrouver à Pékin pour 2 semaines de liesse et de fraternité dans le plus pur esprit olympique. Des Jeux qui doivent permettre à la Chine d’asseoir sa position de puissance économique émergeante et de s’affirmer comme futur associé du grand frère américain, en attendant plus. Les Etats-Unis, qui contrôlent le CIO de la même manière que l’ONU, l’ont joué fine sur ce coup-là, accordant l’évènement au gouvernement chinois en guise de concession, eux qui ont tellement peur de voir leur suprématie contestée par l’avènement de l’Economie de marché made in China. Alors au diable le non respect des Droits de l’Homme et les exécutions en masse, au diable ces dirigeants schizophrènes qui se proclament de l’héritage de Mao tout en fonçant tête baissée dans le monde capitaliste. C’est bien à Pékin qu’auront lieu les Jeux 2008.

Depuis maintenant six ans que la décision a été prise, les autorités ont déclaré le branle-bas de combat pour faire de ces Jeux le symbole du rayonnement chinois sur le monde. Les athlètes sont triés sur le volet, pris dès la fin de l’adolescence pour arriver à l’âge idéal au bon moment, entraînés comme des stakhanovistes dans des conditions extrêmes, littéralement programmés à être les meilleurs dans chaque discipline lors de l’été 2008, quitte à leur brûler les ailes et à ne plus jamais les revoir après ça. Belle vision du sport… Mais il n’y pas que dans ce domaine que la sélection fait rage. Pékin a en effet lancé une campagne de recrutement des jeunes filles qui présenteront les médailles aux athlètes sur les podiums. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que là aussi les places seront chères.

Les critères préconisés pour cette sélection sont drastiques, et ne surprendront sans doute personne. Etre grande (plus de 1,70m), jeune (moins de 25 ans), et avoir une silhouette avenante. Mais laissons le Comité d’organisation en parler avec un tact subtil mêlé de finesse : « Elles ne devront pas être trop lourdes ». Rien à dire messieurs, vous savez parler aux femmes… Les filles devront également dans le mesure du possible être étudiantes, peut-être pour attiser les fantasmes pervers du téléspectateur sportif moyen – le beauf de 50 ans avachi dans son canapé avec la bière à la main. Et donc cet été, on va encore complexer des millions de femmes en exhibant de jeunes mannequins filiformes et refaites de toutes parts, puisque décidément même en sport il n’y a que le paraître qui compte.

Mais je fais peut-être du mauvais esprit, car les organisateurs certifient que le physique ne sera pas le seul critère de sélection, et que les jeunes filles se devront « d’avoir une compréhension claire de ce qu’est l’esprit olympique ». Ne vous inquiétez pas messieurs, tout le monde est en train de se rendre compte de ce que représente l’esprit olympique à vos yeux : de l’argent, des femmes et du pouvoir. Altius, Fortius … Cresus. Ceux qui n’auront pas la gloire et les honneurs des podiums et des jeunes filles qui vont avec pourront toujours se rassurer en se disant que l’essentiel est de participer. Ou bien serait-il plus judicieux de dire "collaborer"…


Don Diego de la Serna
(Chroniques du Vengeur Masqué, novembre 2007)

Dans les yeux des femmes I'm lost

Posté le 03.01.2008 par dje
C’est l’histoire de Bertrand. Bertrand aime Marie, mais a la fâcheuse tendance à le lui dire avec les poings, poussé en cela par un problème récurrent d’alcool. Un soir ses preuves d’amour vont trop loin et Marie plonge dans le coma, avant de mourir quelques jours plus tard. En temps normal Bertrand en aurait pris pour vingt ans, et tout le monde devrait trouver ça normal. Oui mais voilà en plus d’être un mari à la main lourde, Bertrand est aussi un artiste hors du commun, leader du plus grand groupe de l’histoire du rock français. Et il a l’opinion publique derrière lui. De peines exceptionnellement clémentes en libertés conditionnelles, sans parler des permissions de sortie étrangement inhabituelles, Bertrand s’apprête à quitter la prison quatre ans après les faits. Ou comment le fait d’être célèbre et adulé devient une circonstance atténuante.

Bien sûr les fans de Noir Désir, dont je fais partie, se réjouissent à l’avance de la probable reformation du groupe dans les mois qui viennent. Quatre ans à attendre, putain que c’était long ! Je ne parle même pas des maisons de disque impatientes de faire fructifier le retour du quatuor par un album qui va sans nul doute exploser les records de vente. Mais attendez les gens, vous avez pas zappé un épisode ? C’est d’homicide dont on parle, il faudrait voir à ne pas l’oublier. Mais visiblement il n’y pas que la justice qui est à deux vitesses, l’opinion générale étant aussi versatile qu’une girouette un jour de tempête. La majorité bien-pensante des Français s’indigne quand on évoque le problème des femmes battues, arguant que ce sont des choses inadmissibles qu’il faut sévèrement punir. Alors où sont passées ces belles valeurs dans le cas de Bertrand Cantat ? Le vent les emportera…

Les réactions à cette affaire m’ont toujours choqué, la plupart cherchant des excuses à Bertrand Cantat et espérant une sanction allégée sur le fait que c’est un artiste reconnu et unanimement apprécié. Mais l’homme et l’artiste sont deux personnages bien différents, les talents du deuxième servant souvent à masquer les zones ombrageuses du premier. Trop de gens ont tendance à l’oublier. Je me rappelle du tollé – justifié – qu’avait provoqué Joey Starr lors de son histoire avec l’hôtesse de l’air, devenant en quelques jours le symbole du misogyne qui violente les femmes. Là pour des faits autrement plus graves quasiment toutes les réactions témoignaient de marques de sympathie et de compréhension. Vous avez dit bizarre ? Après la condamnation de Bertrand Cantat, j’ai même eu l’occasion d’entendre certains dire sans plus de scrupules : « c’est dommage, c’était quand même un grand chanteur ». Non, c’est toujours un grand chanteur, et ce le sera toujours puisqu’il s’apprête à revenir dans le système. Par contre si on veut dire que Marie Trintignant est une grande actrice, on est obligés d’employer le passé. C’est toute la différence.


Don Diego de la Serna
(Chroniques du Vengeur Masqué, septembre 2007)
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