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dje
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Parce que désillusion est le plus joli mot qui existe, entrez dans mon monde de chroniqueur désabusé
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Blog Société
Date de création :
01.07.2007
Dernière mise à jour :
09.02.2009

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Bienvenue au bout du monde

Publié le 28/04/2008 à 12:00 par dje
Bienvenue au bout du monde
Le contraste avec une culture étrangère est toujours saisissant. Je ne parle pas juste de franchir une frontière et de rencontrer un mode de vie qui est finalement presque le même que celui que l’on connaît. Non, je parle de lieux et de gens dont la vie est si différente des nôtres que l’on se demande s’ils vivent sur la même planète. Des zones perdues, hors du temps, où s’entrechoquent réalités ancestrales et influence malgré tout bien présente du monde moderne dans tout ce qu’il peut apporter de bouleversements inattendus. Kiruna, 100 kilomètres au nord du cercle polaire, cité isolée dans la Laponie suédoise, appartient à ces lieux à la magie encore intacte bien que polluée par la rudesse de contraintes intemporelles. Cette ville d’à peine 20.000 habitants fait partie d’un monde unique, dont de nombreux témoignages rappellent sans cesse qu’ici rien n’est comme ailleurs : la neige qui tombe sans interruption, les aurores boréales qui illuminent des nuits sans éclat, la luminosité aveuglante du soleil qui se lève dès 4h du matin, le long manteau blanc qui recouvre prairies, lacs et routes dans une uniformité monotone et fantomatique.

Kiruna, c’est le bout du monde. Impossible de décrire cette ville d’une autre façon. Vous avez beau vous y attendre, cela surprend quand même. Les dix-sept heures de train depuis Stockholm donnent déjà un avertissement. L’espace de ce trajet interminable, je me suis senti transposé au cœur de l’Orient-Express, à tel point que je me suis presque imaginé voir surgir Hercule Poirot au détour du très rustique wagon-restaurant. J’adore ce genre d’ambiance un peu mystérieuse rehaussée par les paysages mornes qui défile à la fenêtre. En dix-sept heures, c’est à peine si nous avons aperçu le moindre être vivant ou le moindre début de bâtiment. Rien d’autre que la forêt, la neige, le blizzard… Et ces lumières vacillantes pour éclairer des couloirs vides une fois la nuit tombée. On en viendrait presque à se faire des films, à se demander ce qu’il se passerait si le train tombait en panne. Serions-nous perdus au milieu d’une jungle hostile, loin de tout, coupés du monde ? Non, bien évidemment. Mais on aime à le croire, comme des pionniers à la découverte du grand Nord.

Mais ce n’est pas seulement l’ambiance et le paysage qui font de Kiruna une ville unique, mais plutôt son mode de vie. Cette ville a en fait été créée de toutes pièces à la fin du XIXe siècle pour permettre l’exploitation d’une mine de fer perdue dans cette étendue désertique. La voilà la raison d’être ce cette population, cette montagne surplombant la ville qui crache à longueur de journée des volutes de fumée polluant le tableau parfaitement immaculé des plaines environnantes. Plus du tiers des habitants travaillent à la mine, les autres assurant la maintenance des routes, l’accueil hôtelier ou je ne sais quelle autre tâche annexe. Sans mine, pas de ville, voilà ce que tout le monde ici vous répète. Et pourtant, ils en auraient des raisons d’en vouloir à cette exploitation forcenée des entrailles de la montagne. Ne serait-ce que pour cette explosion quotidienne qui fait trembler le sol toutes les nuits vers 1h15 dans le but de faire tomber le fer au fond des tranchées souterraines. La première fois, on se demande ce qui se passe. La deuxième, cela surprend encore bien qu’on nous ait expliqué les raisons de ce mini-séisme brutal. Les autochtones, eux, ne se réveillent même plus… Effroyable pouvoir de l’habitude ; la montagne pourrait s’effondrer qu’ils ne réagiraient même pas.

Au-delà de ça, le moteur de la ville en est aussi son plus grand malheur. Parce que les mineurs creusent toujours plus profond, avec toujours plus d’efficacité et d’impatience, les crevasses à ciel ouvert et autres glissements de terrain sont devenus monnaie courante. Devant l’effondrement manifeste du sol, les routes ont commencé à être détournées, les bâtiments déplacés. D’ici trente ans c’est toute la ville qui aura été sortie du sol et replantée quelques centaines de mètres plus loin. Ce cas n’est pas isolé dans le nord de la Suède, d’autres villes ayant déjà subi ce drôle de sort. Et les habitants dans tout ça ? Aussi étonnant que cela puisse paraître, ils acceptent sans rechigner tout ce que la mine leur impose. Vivre sous le risque permanent de voir leur rue s’effondrer ou être contraints à déplacer leur maison ne les dérange pas outre mesure, tant que c’est pour le bien de l’exploitation. Parce qu’ils se savent tous dépendants de cette mine qui les fait vivre depuis maintenant plus d’un siècle. "No mine, no Kiruna" se plaisent-ils à dire. Fatalisme compréhensible mais néanmoins saisissant. Oui, décidément, ces gens vivent hors du temps, dans une autre dimension.

Alors, en sociologue curieux de mieux comprendre les motivations de cette population, j’en suis venu à me demander ce qui allait advenir de Kiruna lorsque l’exploitation minière aura atteint ses limites, ce qui est estimé pour 2040. Je n’ai pas osé poser la question, comme si je savais déjà la réponse qui m’attendait. Ils partiront, c’est sûr, puisque aucune opportunité n’est présente dans ce lieu vivant en quasi-totale autarcie. Kiruna deviendra une ville fantôme, dont l’existence aura duré 150 ans. Alors si c’est pour partir dans trente ans, pourquoi ne pas le faire tout de suite est-on tenté de demander aux jeunes générations ? Sûrement parce qu’au fond d’eux-mêmes, ils se sentent tous redevables de cette drôle de montagne qui les abrite, les menace, les nourrit, et au final marquera leur perte.


(Chroniques d'un expatrié - Etape 2: la Suède 1/2, 28.04.2008)

Chroniques d'un expatrié - Etape 2: la Suède

Publié le 21/04/2008 à 12:00 par dje
De retour de Suède en ce lundi printanier, je vous prépare pour le plus vite possible mes impressions sur ce périple très enrichissant. Le temps de mettre en forme les quelques pensées brouillonnes étalées sur mon calepin, et plusieurs chroniques devraient être en ligne dans le courant de la semaine. Le rythme normal de publication du lundi reprendra dès la semaine prochaine.

Djé

Relâche

Publié le 07/04/2008 à 12:00 par dje
A cause de journées excessivement chargées, je n'aurai pas le temps d'écrire de chronique cette semaine. Je serai en Suède lundi prochain, donc je ne garantis pas d'avoir un accès internet pour publier un billet lundi prochain non plus, mais je ferai le maximum pour. Dans le pire des cas une nouvelle chronique sera présente dans deux semaines, avec sûrement des choses intéressantes à dire sur cette découverte d'une nouvelle culture.

Djé

Plus jamais ça...

Publié le 31/03/2008 à 12:00 par dje
Plus jamais ça...
Habituellement je n’aime pas trop suivre le vent de l’actualité et reprendre les nouvelles fraîches dont on nous rabat les oreilles à longueur de journée. Parce qu’à force d’entendre reportages et débats sur certains sujets, on constate qu’on a vite fait le tour de la question et qu’il est difficile d’écrire quelque chose de neuf sur la question. Je vais pourtant faire une entorse à ce principe, car j’ai moi aussi envie d’évoquer l’histoire de la banderole déployée par le public parisien à l’occasion du match de football contre Lens samedi soir. Pour ceux qui auraient réussi la prouesse d’être passés à coté de l’évènement, petite piqûre de rappel : à l’occasion de la finale de la Coupe de la Ligue, le kop parisien a présenté une banderole sur laquelle on pouvait lire "Pédophiles, chômeurs, consanguins : bienvenue chez les Ch’tis". Un message au caractère douteux qui a été très vite taxé de raciste et qui a déclenché un véritable tollé à tous les niveaux, aussi bien sportif que politique.

La polémique vient en outre après d’autres évènements du même calibre : l’affaire Ouaddou, ce joueur de Valenciennes traité de singe dans les tribunes de Metz, et les banderoles pleines de poésie déployées par le public bastiais ("nous on n’est pas racistes, la preuve on t’encule") a l’encontre d’un joueur noir de Libourne-Saint-Serin qui avait porté plainte pour racisme après le match aller. Autant d’évènements très médiatisés qui prouvent qu’il y a un vrai problème de racisme dans les tribunes footballistiques françaises, et surtout que ce problème s’accentue de jour en jour. Enfin c’est ce qu’on veut nous faire croire, car la réalité n’est peut-être pas aussi simple. Je ne remets pas en cause le caractère même des banderoles, contrairement aux nombreuses personnes qui décrètent qu’elles n’ont rien de racistes. Qu’on les considère juste choquants ou plutôt profondément injurieux, voire même à connotation raciste, le fait est que ce genre de messages n’a rien à faire dans un stade, point barre. Il n’est pas besoin d’épiloguer et de débattre des heures pour en arriver à cette conclusion, d’autres aspects du problème sont infiniment plus épineux à soulever pour ne pas s’enfermer dans des querelles de vocabulaire.

Ce qui me dérange dans cette histoire, c’est une nouvelle fois le traitement médiatique des faits. Dans cette info-sensation dont nous sommes chaque jour les victimes, le racisme et la violence dans les stades sont subitement devenu le cheval de bataille des révoltés en tous genres. Pourtant ce phénomène ne date pas d’hier… Le Heysel, ça vous rappelle quelque chose ? Sans même remonter à des évènements aussi dramatiques, tous les joueurs professionnels vont diront qu’ils se font insulter tous les week-ends, et sur tous les terrains, par un public haineux qui ne jure que par ses couleurs. Même les banderoles ne sont pas un phénomène nouveau, les supporters Lyonnais et Stéphanois sont là pour le prouver, eux qui se combattent depuis des années à coups de messages qui dépassent souvent la limite de l’acceptable ("La chasse est ouverte, tuez-les" et autres réjouissances en tous genres) – et si encore il n’y avait qu’eux… Bref, la longue histoire des dérives dans les stades comporte de nombreux chapitres dont certains ne datent pas d’hier. Alors pourquoi subitement mettre toutes ces affaires en avant ? Pourquoi généraliser et jeter l’opprobre sur un public amoureux du sport qui subit les conneries de quelques énergumènes isolés ? Une telle mise au ban est durement ressentie par les supporters parisiens et corses qui se sentent victimes d’un acharnement médiatique – à tort ou à raison, difficile de juger – qui ne fait que renforcer leur amertume et est susceptible de provoquer d’autres dérapages du même genre.

Quoiqu’il en soit, que ce problème n’ait quasiment jamais été évoqué avant ne justifie évidemment pas que l’on continue à fermer les yeux. De ce point de vue, c’est une chose nécessaire de médiatiser un peu ce qui est révélateur d’un vrai malaise de société. Très bien, parlons-en alors. Mais à mon humble avis, il ne suffit pas de discutailler et d’imposer quelques sanctions symboliques pour faire avancer la question. Ah ça oui, on a beaucoup vu Abdeslam Ouaddou dans les médias ces dernières semaines, sûrement trop à son goût. Il est devenu contre son gré le symbole des joueurs victimes de racisme sur les terrains, en témoigne son entrevue privée avec Bernard Laporte. Mais concrètement, quelles ont été les suites de cette affaire ? Rien, strictement rien. Ah si, un point de retrait anecdotique pour une équipe déjà condamnée à la relégation, mais aucune sanction financière ou juridique. L’impunité totale pour les supporters messins incriminés ou pour l’arbitre qui n’a pas voulu écouter la détresse du joueur. Idem à Bastia, qui s’est juste vu retirer un point au classement du championnat, ce qui peut paraître bien dérisoire… S’agiter et se faire mousser dans la presse c’est une chose, agir dans le concret c’en est une autre. Et manifestement la ligue professionnelle de football n’arrive pas à concilier les deux en même temps.

Je commence à en avoir assez de tous ces manipulateurs qui jouent sur la carte de l’émotion et de la révolte juste pour monter les gens les uns contre les autres, et qui au final ne font rien d’autre que de pisser dans un violon. Vous voulez savoir ce qui est à l’origine de telles dérives ? Je vous propose un responsable : les médias eux-mêmes, secondés par les responsables sportifs, qui versent dans la glorification des vainqueurs et nous montrent tous les jours que les perdants n’ont pas le droit à la parole, qui cautionnent la marketisation du sport en signant des contrats mirobolants, qui poussent au sentiment nationaliste en chaque occasion pour mieux rappeler que le football c’est aussi prouver que l’on est plus fort que son voisin. Rien d’étonnant après de recevoir un tel retour de bâton, puisque seule la victoire est belle et qu’il faut mépriser son adversaire.

Après les évènements de samedi soir, le président de la Ligue Frédéric Thiriez a déclaré dans un élan profondément démagogique "Nous sommes tous des Ch’tis". Ah, merde, je viens d’apprendre un truc. J’ai une autre phrase-choc à lui proposer : "Nous sommes tous des faux-culs". Au moins là on le croira. Mais il faut que je fasse attention à ce que je dis, on pourrait m’accuser de traiter les Ch’tis de faux-culs ; par les temps qui courent, tout amalgame est le bienvenu.


(C'est donc ça nos vies... 31.03.2008)

Diplomatie silencieuse

Publié le 24/03/2008 à 12:00 par dje
Diplomatie silencieuse
Ca y est, elle est partie. La Flamme Olympique a été allumée ce matin dans le stade d’Olympie, prélude à un trajet de 150 jours et près de 140.000 kilomètres à travers le globe, avant de rallier Pékin pour l’ouverture des Jeux le 8 août 2008. Ce symbole de paix et de fraternité va donc amener son message d’espoir partout à travers le monde, avec en point d’orgue un passage sur le Mont Everest et une traversée du Tibet qui prouvera l’esprit d’ouverture des autorités chinoises. Ce départ survient-il au bon moment ? On est naturellement en droit de se le demander au vu des derniers évènements sino-tibétains et des menaces de boycott qui pèsent sur l’évènement. C’est vrai que cela sonne un peu comme une provocation aux yeux du monde, une de plus suis-je tenté de dire : au diable les polémiques, les Jeux auront bien lieu et célèbreront l’avènement de la puissance et du rayonnement chinois. Ainsi soit-il.

Devant cette célébration de la pureté originelle de l’esprit olympique, c’est à peine si on s’est rendu compte que la cérémonie a été perturbée par quelques agitateurs. Et pas des moindres, puisque ce sont des membres de Reporters Sans Frontières qui sont intervenus pendant le discours officiel, scandant des appels au boycott, à la liberté et au respect des Droits de l’Homme. Pourtant, l’évènement est quasiment passé inaperçu, car la mécanique est bien huilée coté chinois : plan resserré, orateur qui poursuit son monologue comme si de rien n’était, interpellation express, et voilà comment les images officielles ne permettent même pas de se douter de l’intervention désespérée des reporters. Du beau boulot, très professionnel. Il est dit que rien n’enrayera la belle machine olympique chinoise.

Parce qu’ils sont les représentants d’une organisation reconnue et respectée, les trois trublions du jour auront sûrement droit à un traitement de faveur, et on ne peut que s’en réjouir. Ce n’est malheureusement pas le cas de tout le monde, et notamment de Yang Chunlin, coupable d’avoir écrit une lettre réclamant des Droits de l’Homme plutôt que des Jeux Olympiques. Verdict pour le jeune idéaliste : cinq ans de prison. Une atteinte primaire à la liberté d’expression qui sonne comme une nouvelle provocation des autorités chinoises. Mais après tout, puisque le monde entier leur mange dans la main, pourquoi arrêteraient-ils ? Tous les gouvernements sont terrorisés à l’idée de commettre le moindre petit écart susceptible de compromettre les relations avec cette Chine qui n’en finit plus de s’imposer comme un poids lourd économique mondial. Il s’ensuit un concert de réactions toutes aussi écœurantes les unes que les autres.

Le premier communiqué du gouvernement grec suite aux incidents d’Olympie fustige une action qui n’a "aucune relation avec l’esprit olympique". Mais de quel esprit parle-t-on ? De celui de la toute puissance du fric au détriment des droits inaliénables de l’être humain ? De celui qui passe sous silence les exécutions en masse et les répressions en tous genres dont sont responsables les autorités chinoises au nom de considérations purement politiques qui n’ont rien à voir avec le sport ? Petit, on m’avait dit que l’esprit olympique c’était l’ouverture, la tolérance et l’écoute de l’autre. M’aurait-on menti ? Aurait-on profité de ma crédulité de gosse pour me faire croire que la trêve olympique était propice au dialogue et à l’entente entre les peuples ? J’ose encore espérer que non, mais là encore la désillusion est derrière chacune de mes découvertes.

Même le Comité International Olympique, garant suprême de l’intégrité morale des Jeux, y va de son petit couplet par la personne de son président. Des évènements d’Olympie, Jacques Rogge se déclare "toujours triste lorsqu’il y a des manifestations". Au moins comme ça les choses sont claires : aucune pensée contraire n’est acceptée. Ceux qui ne suivent pas le mouvement sont de facto des opposants, des empêcheurs de tourner en rond, en un mot des ennemis qu’il faut bâillonner au plus vite pour ne pas salir les prochains Jeux Olympiques. Salir, oui, c’est le mot, et face à cela j’ai moi aussi envie de hurler un énorme "Casse-toi pauvre con" au président du CIO.

Je suis dur peut-être, parce que face aux derniers évènements tibétains, dont la complexité dépasse sans nul doute la vision manichéenne que l’on nous présente dans les journaux, Jacques Rogge a déclaré avoir entamé une "diplomatie silencieuse" avec le gouvernement chinois. Silencieuse, c’est vrai que ça colle assez bien parce que pour l’instant le moins que l’on puisse dire c’est qu’on ne l’entend pas vraiment. A moins que l’on parle plutôt d’une diplomatie qui passe sous silence, auquel cas la formule est tout à fait adaptée à la situation. Passer sous silence les 130 morts tibétains des dernières émeutes, dont le bilan est estimé à seulement 19 morts selon le gouvernement chinois. Comme le dirait un Jean-Pierre Pernault des grands jours, il y a une des deux sources qui se moque de nous. Passer sous silence également les lynchages dont sont victimes des commerçants chinois au Tibet, car c’est aussi une malheureuse vérité. Passer sous silence le scandale proprement honteux qui consiste à estimer le dalaï-lama, apôtre de la non-violence, à l’origine de débordements de certains Tibétains. Passer sous silence les attitudes provocatrices des autorités chinoises qui se complaisent à jeter de l’huile sur le feu pour mieux justifier le retour de flamme et les répressions qui s’ensuivent.

Si la situation me désespère tant elle est inéluctable, il y a encore une question que je me pose : Y aura-t-il des chars pour accueillir les concurrents à l’arrivée du marathon sur la place Tien-Anmen ? Après tout, la Chine pourrait être tentée de voir jusqu’où elle peut pousser la provocation…


(C'est donc ça nos vies... 24.03.2008)

Back dans les bacs

Publié le 17/03/2008 à 12:00 par dje
Back dans les bacs
C’est étrange parfois comment les paroles d’un jour trouvent un parallèle étonnant dans l’actualité de la semaine suivante. Je peux pourtant vous jurer qu’en évoquant l’âge d’or du hip-hop français lundi dernier, je n’étais en aucun cas au courant de la reformation de NTM trois jours plus tard. Et puis, quelques minutes après avoir écrit ma chronique hebdomadaire, je zappe sur Canal+ et je tombe sur les têtes de Kool Shen et Joey Starr face à face, et l’annonce sèche de leur reformation sur le plateau du Grand Journal. Surprise, étonnement, circonspection. Dix ans que l’on attendait ça, ou plutôt que l’on ne l’attendait plus tant les deux compères avaient pris des chemins artistiques opposés. Dix ans après le superbe album "Suprême NTM" marquant l’apogée du rap français que fut l’année 1998, l’album de la maturité d’un groupe dont on sentait déjà pourtant que la fin était proche. Et l’on ne s’était pas trompé.

Pour beaucoup de gens, NTM se résume à un nom provocateur et aux frasques violentes de Joey Starr. Même si on ne peut pas nier le coté obscur du duo, cette vision est extrêmement réductrice. Le parallèle avec Noir Désir est tellement fort que je ne peux m’empêcher de le rappeler à chaque fois. Parallèle dans les actes, mais pas dans l’esprit des gens qui ne peuvent s’empêcher de juger NTM sans même s’intéresser à leur histoire et à leur musique. Alors pour ceux qui ne savent pas ou ne comprennent pas ce que ce groupe a de mythique, laissez-moi vous proposer un petit voyage dans le temps.

L’histoire nous ramène au début des années 1980. "1983 il y a plus de dix ans déjà" comme le raconte Kool Shen dans le titre Tout n’est pas si facile. Les débuts du mouvement hip-hop en France, tout juste importé des Etats-Unis où il s’est développé depuis le milieu des années 1970. Les gars de Saint-Denis ont alors à peine 18 ans, et ils usent leurs survêtements des heures durant à s’entraîner à cette danse bizarre nommée breakdance qui consiste à se rouler par terre dans les figures les plus extravagantes. Les vrais débuts de NTM, c’est dans le métro qu’ils ont lieu. Pas dans les couloirs à faire la manche en chantant, non, mais sur les rails, la nuit, à repeindre à la bombe les murs noirs et salis, dans la crasse, la pénombre et l’exaltation. Si vous prenez aujourd’hui la ligne 13, celle qui relie Saint-Denis, observez attentivement les murs dès que le métro quitte la lumière des stations. Vous remarquerez alors peut-être les graffitis maladroits qui marquent les débuts de la carrière de NTM, vestiges d’une époque révolue dont seuls subsistent aujourd’hui trois lettres provocatrices et le formidable hommage à la culture hip-hop underground qu’est le morceau Paris sous les bombes.

C’est peut-être ça le plus fascinant chez NTM : ils étaient là, dès le début. Ils ont vécu les premiers pas d’un mouvement qui a révolutionné à la fois la musique et les modes de pensée. Ils ont été à la base d’un phénomène qui a inspiré toute une génération et qui continue encore d’exister bien au-delà du simple phénomène de mode que la société bien-pensante stigmatisait dans les années 1980. Comme des dinosaures prompts à rappeler aux jeunes loups ce qu’était et que n’aurait jamais dû cesser d’être l’esprit hip-hop : parler de la merde qui nous entoure pour en ressortir un message positif et porteur d’espoir. N’en déplaise à ses détracteurs, le rap n’a jamais été une culture nihiliste, loin de là. Mais pour comprendre le mode de pensée d’un artiste, encore faut-il prendre le temps de l’écouter.

De fil en aiguille, le collectif NTM s’est essayé à toutes les facettes artistiques du hip-hop, et après le graff et le break il s’est tout naturellement attaqué au rap - bien lui en a pris. Quinze ans de carrière plus tard, les deux survivants du groupe de départ ont semé quelques-uns des morceaux les plus forts de l’histoire de cette musique. Des titres sensés et profonds qui puent l’essence même du hip-hop. Attaqués de multiples cotés, décrédibilisés par la mise en avant médiatique de morceaux un peu faciles comme le ridicule Ma Benz, et touchés au cœur par les polémiques justifiées autour de Joey Starr, NTM avait choisi de ne pas donner suite à leur quatrième album, qui marquait de toutes façons un certain essoufflement. Chacun avait alors poursuivi sa route. Pendant que Joey Starr s’éloignait progressivement de l’underground pour se "peopeliser" et se racheter une conduite, Kool Shen continuait son travail dans l’ombre en dénichant de nouveaux talents avant de nous servir un magnifique album solo (Dernier Round) et de tirer sa révérence, dans un dernier geste de grande classe qui prouvait définitivement que c’était le grand bonhomme de l’histoire du rap français.

Voilà résumée en quelques lignes la vraie histoire de NTM, groupe pionnier et fondateur d’une mouvance qui a fait grandir beaucoup d’adolescents en manque de repères. Et on me dit maintenant que les deux frères ennemis veulent se reformer le temps de donner trois concerts à l’Olympia en septembre. Quelle utilité de faire ça ? N’ont-ils pas plus à perdre qu’à gagner dans cette histoire ? Eux qui ne se parlaient plus depuis des années suite à des divergences d’opinion, sont-ils prêts à mettre leur fierté et leurs différents de coté juste le temps d’un petit coup marketing ? Cette nouvelle me laisse relativement perplexe, et j’ai peur de n’y voir qu’une opération commerciale inutile qui aux yeux de beaucoup reviendrait à vendre l’âme du groupe au justificatif de pressions extra-musicales. Je ne remets pas en doute l’envie de remonter sur scène, car quand le contact du public a été une véritable raison de vivre c’est très difficile de s’en passer. Je ne cache pas non plus que voir les gens se souvenir subitement de NTM me fait plaisir d’une certaine façon, même si pour beaucoup ce n’est qu’un façade pour se donner du relief, car il est devenu de bon goût de dire que l’on apprécie le hip-hop. Mais je n’irai pas voir ces concerts, de la même manière que je n’aurais pas été jusqu’à Londres pour voir la reformation d’un soir de Led Zeppelin.

Vue l’évolution pathétique du rap français, la reformation d’un groupe aussi mythique - ne serait-ce que trois jours - est forcément une bonne nouvelle. Histoire de rappeler à tous ce qui fait le sens profond de cette musique. Pour autant, il y a certaines choses qui nécessitent qu’on ne revienne pas dessus, sous peine de déception face à une pâle copie de ce que l’on a tant apprécié. Non, certains sanctuaires ne méritent pas d’être réouverts. J’espère juste que la profanation ne sera pas trop préjudiciable.


(C'est donc ça nos vies... 17.03.2008)

Mise en ligne lundi

Publié le 17/03/2008 à 12:00 par dje
Pour des raisons éditoriales (ouais je sais ça fait très pro de dire ça), les chroniques seront désormais mises en ligne dans la journée du lundi plutôt que le dimanche soir. Les occupations de fin de week-end ne sont en effet pas toujours compatibles avec le temps nécessaire à la rédaction d'un billet.

A demain donc pour une nouvelle chronique


Djé

Crie aussi fort que tu peux

Publié le 10/03/2008 à 12:00 par dje
Crie aussi fort que tu peux
C’était en 1997, l’âge d’or du hip-hop, il y a plus de dix ans déjà. IAM et la Fonky Family, fers de lance du rap de l’époque, écrivaient sans ambages : "FF de Mars représente la résistance, fais courir le bruit je nique la musique de France". C’est radical peut-être, exagéré sûrement, mais force est de constater que dix ans après le constat garde une grande part de vérité. Il n’est pas vraiment question de critiquer des auteurs de musique bourrés de talent qui pullulent dans l’hexagone, évoluant en parallèle dans les milieux underground et distillant des œuvres aussi remarquables qu’elles sont ignorées. C’est bien sûr l’industrie du disque qui est visée ici, massive, indigeste, dictant les règles de l’offre selon les seuls critères de la demande d’un grand public adepte de mélodies bon marché et de chansons formatées. Cette tristesse infinie d’un marché en pleine stagnation est bien sûr symbolisée par les victoires de la musique qui ont eu lieu samedi soir.

Comment peut-on encore oser parler de victoire au vu de ce spectacle quelconque ? Qui ressort vainqueur de cette cérémonie ? Est-ce les nouveaux guignols de la chanson, emmenés par Michaël Youn et Koxie, qui ont compris qu’il suffit de très peu pour vendre des disques, quitte à se moquer du public qui continue d’acheter leurs singles insipides sans se rendre compte qu’on les prend pour des billes ? Ou bien les majors qui voient leurs poulains récompensés dans une gigantesque hypocrisie, et qui sont même – comble de l’incompréhension – publiquement remerciées par Abd-Al-Malik, pourtant représentant d’un milieu artistique profondément indépendant et oublié des maisons de disque pendant des années ? Je reste sans voix devant un tel étalage de pauvreté artistique… Heureusement des talents, des vrais, sont toujours là pour rappeler certaines vérités, comme IAM (encore eux), Thomas Dutronc ou Yaël Naïm. Et on n’est toujours pas à l’abri d’agréables surprises telles que Hocus Pocus, dignes détenteurs d’un savoir-faire mêlant avec justesse et harmonie musique urbaine, arrangements jazzy et cuivres puissants. Mais à coté de ça, le désert ou presque…

L’appel de la FF en 1997 est toujours d’actualité en France, mais alors que dire des cris de désespoir venus d’Allemagne ? Oui, vous voyez de qui je veux parler… Tokio Hotel, boys band prébubère de pseudos-rockeurs qui déchaîne la folie des groupies outre-Rhin et dont le phénomène dépasse désormais allègrement les frontières. On en vient même à les considérer comme les ambassadeurs de la culture allemande à l’étranger, c’est pour dire ! Honnêtement, en prenant le temps de s’y intéresser, leur musique n’est pas aussi inécoutable qu’elle en a l’air, en tous cas pas plus que certains victoirisés samedi soir. C’est juste nul, vide, pathétique. Mais en même temps très fort, car ces quatre jeunes rebelles du dimanche ont réinventé un concept ancestral, celui du rock commercial. Un chanteur qui tente de cacher sa voix maladroite en hurlant, un bassiste qui ne sait jouer que trois notes en boucle, un batteur qui sue sang et eau derrière sa grosse caisse, le tout sublimé par des guitares saturées et indigestes. C’est simple, efficace, et ça marche.

Plus qu’un groupe de musique, Tokio Hotel c’est surtout un phénomène de foire qui a tout compris du pouvoir de l’image et du marketing. Le paradoxe des révoltés de pacotille qui profitent du système capitaliste n’étonne plus personne tellement il est éculé, et dans ce domaine on touche au sublime. L’indigence des thèmes abordés n’a d’égal que les réactions enthousiasmées d’une jeunesse visiblement perdue criant au génie. Allez, juste pour le plaisir, un petit extrait très revendicatif : « Tu te lèves et on te dit où tu dois aller / Quand t'y es on te dit même ce que tu dois penser / Merci, C'était encore une super journée » Rien à dire, c’est profond, sensé, réfléchi. Vous voyez en fait, c’est facile la musique ! Même plus besoin de passer à la Nouvelle Star ou autres, c’est se compliquer la vie.

Alors, Tokio Hotel doit-il être jugé coupable de régression mentale massive sur la jeunesse ? Pas si sûr… Selon des études sérieuses, l’engouement pour le groupe a entraîné une remise au goût du jour de l’apprentissage de l’allemand au collège, de plus en plus délaissé ces dernières années. Des classes d’allemand seconde et même première langue ont rouvert sous l’impulsion de fans avides de comprendre les paroles si intéressantes de leur groupe favori. Avant on faisait allemand pour être dans des bonnes classes, aujourd’hui c’est pour se retrouver entre groupies décervelées et déconnectées de la réalité. Décidément MC Solaar avait bien raison quand il clamait en 1995 "les temps changent". On devrait donc au final remercier le quatuor allemand qui encourage au sérieux nos chers petits collégiens. Vous voulez une autre preuve de leur bonne foi en matière de scolarité ? Le concert du 20 juin à l’Olympia (quelle tristesse pour cette salle que je croyais respectable) a été reporté pour cause de … baccalauréat. Les Tokio Hotel ne veulent pas être responsables de l’échec scolaire de leurs fans dont les examens se terminent le jour même. C’est beau la solidarité adolescente.

Pourtant, dans la catégorie "Faites ce que je dis mais pas ce que je fais" la victoire revient sans conteste au groupe allemand. Savez-vous ce que ces quatre bons petits gars ont fait dès leur cursus scolaire terminé ? Laissons Bill le chanteur nous le dire délicatement : « nous avons immédiatement déchiré et brûlé tous nos livres et nos cahiers » Oh le bel exemple ! Manifestement ils n’ont pas dû bien suivre tous leurs cours, car sinon ils se rendraient compte de ce que signifie un autodafé aux yeux de l’histoire. A l’heure où l’Allemagne continue encore de se défaire de son lourd passé en combattant becs et ongles les quelques groupes néo-nazis qui subsistent, voilà une déclaration dont on se serait allègrement passé.

Ah mais suis-je bête, j’avais oublié que ces quatre pseudo-musiciens étaient des rebelles, symboles d’une jeunesse anarchiste et révoltée. Cet acte est en fait tout simplement une provocation gratuite. Tout s’explique… Et dire que j’ai pu penser l’espace d’une seconde qu’ils étaient juste profondément stupides…


(C'est donc ça nos vies... 10.3.2008)

La Graine et le Pathé

Publié le 03/03/2008 à 12:00 par dje
La Graine et le Pathé
Une fois n’est pas coutume, allons faire un tour aux Etats-Unis pour voir ce qui s’y passe en ce moment. Pourquoi cela ? Juste pour s’échapper deux minutes de cet étouffant cirque médiatique orchestré par la grande famille présidentielle, qui devient de plus en plus écoeurant. Je n’ai pas envie d’en rajouter sur la question, tout a été dit, redit et re-redit. Les derniers évènements du salon de l’agriculture ne font que rajouter une couche de ridicule sur une déconsidération constante de la fonction du Chef de l’Etat qui nous fait devenir la risée du monde entier. Mais c’est déjà faire trop de publicité que d’en parler, alors partons pour une petite virée outre-Atlantique, évidemment pour évoquer l’évènement marquant du week-end dernier : la Cérémonie des Oscars. Je suis toujours fasciné par cette propension qu’ont les Américains à créer chaque semaine des manifestations au rayonnement mondial, alors qu’à la base elles ne concernent personne d’autre que le peuple américain lui-même. L’expression d’un impérialisme à l’échelle planétaire dont on ne sait pas trop si il faut s’en émerveiller ou s’en inquiéter. All-Star Game, Super Bowl, Golden Globe, autant d’événements suivis par le monde entier et qui éclipsent jusqu’à la campagne d’investiture pour la Maison Blanche.

Ah les Oscars ! C’est tellement beau, tellement glamour, tellement superficiel. Tout le beau monde vient, fait semblant d’être amis, claque des cents et des milles dans des tenues à la limite de l’indécence, et étale sa réussite aux yeux d’un public conquis qui n’en finit plus de rêver. Bon d’accord j’exagère, ce ne sont que des propos mesquins d’un jaloux aigri. Quoique… J’ai beau chercher, j’ai toujours du mal à comprendre comment on peut attribuer des récompenses de meilleur acteur entre deux personnes qui ne jouent pas le même rôle, ou comment on peut juger qu’un film est objectivement meilleur qu’un autre. Chaque œuvre possède pourtant son caractère et ses propres spécificités, et parle à une certaine catégorie de gens qui sont plus réceptifs, plus sensibles au sujet abordé. Alors comment décerner un prix général de meilleur film ? Cela donne-t-il l’assurance qu’il va plaire à tous les spectateurs ? Non, évidemment… Nous sommes dès lors en droit de nous interroger sur l’impact et surtout la légitimité de telles récompenses. Et si les prix n’ont aucun sens, qu’est-ce que cette cérémonie sinon une gigantesque séance de masturbation collective pour que la "grande famille du cinéma" puisse s’auto-congratuler et se féliciter de l’excellent travail qu’elle accomplit ? Après tout me direz-vous, c’est dans l’air du temps de tout classer, de tout noter et de distribuer les bons et les mauvais points à tour de bras. Demandez au corps enseignant ce qu’il en est de cette politique de récompense à tout va, eux qui vont bientôt se faire noter par leurs propres élèves…

Le fait en tous cas que les Oscars aient été programmés deux jours après les Césars en France renforce le contraste saisissant entre les deux cérémonies. Les paillettes y laissent place à une sobriété glaciale, et les blockbusters aux films d’auteur intimiste et inspirés de la vie quotidienne, la vraie, pas celle que l’on voit sur les écrans 16/9. Distancé qu’il est par la toute-puissance d’Hollywood, le cinéma français choisit pour survivre d’assumer sa différence et de récompenser des œuvres emplies d’authenticité et d’humanisme, symbolisées cette année par La Graine et le Mulet, les années précédentes par Lady Chatterley et L’Esquive. Cette différence qui s’affirme également par le rejet des grands réseaux de distribution et a trouvé écho dans l’appel vibrant de Jeanne Moreau, dénonçant les grands groupes coupables d’attaques répétées sur les petites salles qui ont de plus en plus de mal à survivre.

Pourtant, derrière cette façade élogieuse et démagogique, tout le monde n’est pas si attaché à la sauvegarde de la fameuse exception culturelle à la française. J’en veux pour preuve la mésaventure qui m’est arrivée ce dimanche. Curieux comme beaucoup d’autres de voir de mes propres yeux le film français de l’année, je me suis rendu dans une de ces petites salles de quartier où il était programmé de longue date. Une de ces salles qui ont permis à La Graine et le Mulet d’attirer des spectateurs, d’exister à l’ombre des films commerciaux et de provoquer le succès d’estime qui lui a été rendu. Mais tout le drame du cinéma français est là : suite au César le groupe Pathé, distributeur du film, a décidé de retirer l’oeuvre des petites salles pour privilégier la diffusion dans des complexes censés amener plus de spectateurs, et par voie de conséquence plus de recettes. Une façon absolument odieuse et insultante de cracher dans la soupe. Vous nous avez bien aidés, mais maintenant que l’on n’a plus besoin de vous, allez vous faire foutre.

On dit qu’un bon film est le reflet de la vérité. Dans ce cas précis le scénario est profondément révoltant, mais finalement pas si étonnant. Même la culture ne saurait échapper aux lois du marché, surtout quand le succès échappe au contrôle des créateurs qui deviennent le jouet de réseaux tout-puissants. Perdre son âme ou rester dans l’ombre, c’est en quelque sorte l’équation qui régit le milieu artistique. Devenir commercial et vivre, ou demeurer underground et mourir, choisis ton camp camarade. L’exception culturelle a décidément du souci à se faire.

Dans un tel contexte, j’en viendrais presque à me demander si l’Oscar attribué à Marion Cotillard n’est pas un gigantesque pied-de-nez fait au cinéma français. Une sorte de compensation au fait qu’Hollywood contribue bon gré mal gré à couler la culture française. A moins que ce ne soit le moyen pour les Etats-Unis de continuer à phagocyter les talents étrangers pour mieux prouver l’étendue de leur mainmise sur le monde.

Vous trouvez que j’exagère ? Dites-moi donc alors quelle est la nationalité de Daniel Day Lewis, nouvel Oscar du meilleur acteur. Si vous avez répondu américain, vous faites partie des 95% de gens qui se sont fait berner par la magie d’Hollywood. Quand je parlais d’impérialisme…


(C'est donc ça nos vies... 02.03.2008)

Relâche

Publié le 25/02/2008 à 12:00 par dje
Pas d'inspiration ce soir, un peu de fatigue et de lassitude, alors autant prendre une pause plutôt que de se forcer à écrire des choses peu satisfaisantes.

Une nouvelle chronique sera présente dimanche prochain. En attendant bonnes vacances à ceux qui en ont.

Djé
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