Où l’on reparle de la grippe aviaire, cette gigantesque entreprise de désinformation. Dans notre pays en tous cas, car je ne nie pas la réalité du problème dans les pays asiatiques. Encore que, avec même pas une centaine de morts, on est loin de la pandémie que l’on veut bien nous annoncer. Mais la situation en Europe, elle, est franchement risible : à peine quelques cas avérés de poulets en Turquie, aucun exemple de transmission de l’animal à l’homme, et le branle-bas de combat sanitaire est déclaré. A croire qu’il est bon pour l’économie d’entretenir des psychoses, après les exemples de la vache folle et de la fièvre aphteuse. Mais je n’ai pas dans l’intention de vous faire un exposé de santé publique.
Ce qui m’a particulièrement interpellé dans cette histoire, c’est une des mesures préconisées par les institutions pour lutter contre l’éventuelle importation de la maladie : l’installation dans les aéroports de portiques équipés de caméras thermiques, afin de détecter les passagers fiévreux. Après les barrages anti-armes (les détecteurs de métaux), les barrages anti-fraudes (les contrôles de papiers), les barrages anti-pauvres (le prix des billets), voici les barrages anti-malades. Les gens qui ont le mal de l’air vont apprécier, qui risquent de passer une batterie de tests médicaux à leur retour au sol juste parce que l’atterrissage leur a provoqué des bouffées de chaleur. Sans compter qu’il va falloir renforcer les assurances annulation, pare qu’en cas de rhume subit il va devenir difficile de prendre l’avion.
Au fond, cette nouvelle n’est pas vraiment étonnante. Elle s’insinue dans une logique actuelle de contrôle incessant des allées et venues de tout un chacun. On pourrait même ne voir dans la médiatisation de la grippe aviaire qu’un prétexte pour installer (entre autres) ces nouveaux merveilleux appareils. Se sentira-t-on plus en sûreté pour autant ? Je laisse la liberté à chacun de se faire sa propre opinion. Rappelons quand même que tout l’attirail de mesures de sécurité déployé par le pays présumé le plus sûr au monde n’a pas empêché une poignée de terroristes, armés d’à peine quelques couteaux, de secouer le monde entier un certain 11 septembre. Partant de là, il me semble utopique de croire que l’on peut stopper une maladie juste en installant des contrôles thermiques.
Mais bon, après tout me direz-vous, le nuage de Tchernobyl s’est bien arrêté à la frontière. Pourquoi la grippe aviaire ne ferait pas pareil ? Et puis bon, ne soyons pas mauvaises langues, ces gadgets seront sûrement très décoratifs dans les halls d’aérogares.
Don Diego de la Serna
(Chroniques du Vengeur Masqué, mars 2006)