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Parce que désillusion est le plus joli mot qui existe, entrez dans mon monde de chroniqueur désabusé
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Catégorie :
Blog Société
Date de création :
01.07.2007
Dernière mise à jour :
07.08.2008
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Politic Academy

Politic Academy

Posté le 06.01.2008 par dje
Et ça y est c’est reparti. Une nouvelle année est passée, sans que je ne voie de grandes différences entre 23h59 et 00h01. Comme le veut la coutume, j’ai embrassé mes proches aux douze coups de minuit, sans grande conviction. Comme chaque fois, j’ai eu l’impression obsédante de me faire manipuler par un courant qui nous fait croire qu’il suffit de changer un chiffre pour changer nos vies. A d’autres… Pour ne faire de peine à personne, j’ai suivi la démagogie ambiante et souhaité une bonne et heureuse année à tous ceux qui comptent pour moi. Non pas que je ne crois pas à ces vœux, bien au contraire je souhaite de tout mon cœur le bonheur pour ceux qui m’entourent, mais je trouve ça tellement dérisoire, tellement futile, tellement désespéré… J’en avais pourtant des raisons de vouloir enterrer cette année 2007, mais la tête y était encore moins que les années précédentes.

Il y a longtemps que j’ai perdu l’habitude de prendre des "bonnes résolutions", sachant pertinemment que les promesses d’un soir de fête sont aussi peu fiables sur la durée que les mots doux plein d’espoirs d’une amourette naissante. Mais je m’étais quand même dit cette année que j’allais faire quelques efforts, ne serait-ce que pour avoir un peu plus de contrôle sur moi-même, sur mes émotions et mes ressentis, pour ne plus m’énerver pour rien, pour ne plus prendre parti pour des causes perdues. Prendre du recul par rapport à tout ce qui se passe autour de nous pour espérer toucher du doigt ce mot qui scintille comme une étoile au firmament : sérénité. Trois jours ont suffi pour briser ce bel état d’esprit, et il a suffi que j’ouvre un journal pour que mes vieux démons ne me rattrapent et que la colère ne monte en moi.

Vous n’avez pas pu rater l’information, elle fait la une des papiers et l’ouverture des 20h, sans que cela ne semble poser aucun problème aux journalistes chargés de l’annoncer. Je veux bien sûr parler de la notation que vont subir les ministres à partir de ce premier trimestre 2008, qui marquera à coup sûr un tournant dans la politique de ce pays. Nous voici de fait entrés de plein pied dans l’ère de la Politic Academy, où la destinée d’un ministre dépendra d’un nombre déposé sur son bulletin trimestriel. Cela faisait déjà longtemps que la communication était devenue le maître mot de nos dirigeants, multipliant les conférences de presse, les communiqués officiels, les déclarations fracassantes dont l’emphase du verbe cachent mal la pauvreté du texte. Mais là, d’un seul coup, on vient de franchir une étape qui n’est pas aussi futile qu’elle peut en avoir l’air.

L’évolution pourrait paraître aussi insignifiante qu’elle est risible. Juger nos ministres comme de jeunes écoliers, du premier de la classe au bonnet d’âne. En fonction des résultats peut-être certains iront-ils au coin avant d’être définitivement mis au piquet – mais que je sache ces pratiques n’ont pas attendu une vulgaire évaluation pour être mis en œuvre. Quelle est alors l’intérêt de cette notation ? On est en droit de se poser la question. Du ridicule on en vient au choquant lorsque l’on découvre que ce "travail" est effectué par les services d’un cabinet de consultants privés, et donc fatalement aux frais de l’Etat. Que dis-je l’Etat, je voulais bien sûr dire aux frais du contribuable : vous, moi, tous les Français autant que nous sommes. Et avec la flambée du marché du consulting, m’est avis que cela va se ressentir sur nos feuilles d’impôts… Vous me direz, cela devrait passer inaperçu au milieu des millions dépensés pour les déplacements aussi rapides qu’inutiles de notre cher Président, trimballant amis, femme et enfants dans les plus luxueux hôtels du globe aux frais de la princesse, ou encore pour les opérations communication visant à effectuer un Conseil des Ministres de façade dans les DOM-TOM. Ajoutons à ça les 140% d’augmentation du salaire présidentiel, et franchement on n’a plus aucune raison de douter du fait que la croissance est au plus haut ; l’Etat français ne sait même plus quoi faire de son trop-plein d’argent…

Ridicule et choquante, cette évaluation devient également profondément inquiétante si l’on considère les critères retenus pour chaque ministère. Petite revue de détails. La Culture par exemple sera jugée en fonction du taux de fréquentation des musées. Peut-être que je suis idiot, mais quelqu’un pourrait-il m’expliquer comment un ministre peut influer sur le nombre d’entrées dans un musée ? Cela me laisse perplexe… L’Education, poids lourd du gouvernement, sera d’autant bien notée que le nombre d’heures supplémentaires effectuées par les enseignants augmentera. Ah oui, c’est bien ça, faut les mettre au boulot ces fainéants ! Il serait temps qu’ils comprennent le concept du "travailler plus". Après tout l’Ecole aussi doit s’adapter à l’époque de l’économie de marché. Le savoir s’achète, ne l’oublions pas !

Enfin, et c’est ce qui fait bien évidemment le plus froid dans le dos, le tout nouveau Ministère de l’Immigration sera jugé au nombre d’étrangers reconduits à la frontière. Après le système des quotas, on franchit un nouveau pas dans la dérive xénophobe. Le régime de Vichy n’aurait rien trouvé à redire... Certains n’avaient pas hésité à parler de rafle à Cachan l’an dernier, j’ai moi-même l’impression que l’on est en train de mettre sur pied une version subtile et moderne des trains de la mort - destination différente certes, mais méthodes identiques. Le fait que cette information soit unanimement relayée sans scrupules et sans états d’âme par les médias et les personnages publics prouve en tous cas que le réseau dirigeant est bien implanté. Quelles qu’en soient les motivations, je ne pense pas exagérer en évoquant le terme de "collaboration"…

Alors, vous avez toujours envie de souhaiter à tous une bonne année 2008, pleine de tolérance et de bonne humeur ? De mon coté c’est décidé, la sérénité attendra encore l’année prochaine.


(C'est donc ça nos vies... 06.01.2008)



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