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Parce que désillusion est le plus joli mot qui existe, entrez dans mon monde de chroniqueur désabusé
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Catégorie :
Blog Société
Date de création :
01.07.2007
Dernière mise à jour :
07.08.2008
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La balle à l'aile, la vie est belle !

La balle à l'aile, la vie est belle !

Posté le 11.02.2008 par dje
Il y a des week-ends comme ça où tout réussit. Serait-ce le retour du printemps qui se manifeste depuis trois jours par un soleil radieux ? Peut-être… Mais on sent en se levant que l’on est en pleine forme, serein, prêt à affronter la journée sans entraves malgré la quantité étouffante de choses à faire. Pourtant en y réfléchissant il ne s’est pas passé grand-chose pendant ces deux jours, mais bon je me suis juste senti bien, à ma place. Et ça fait bien longtemps que ça ne m’était pas arrivé.

Bon d’accord, il y a bien eu quelque chose de fort personnellement pour moi ce week-end. Si vous n’avez jamais fait de sport collectif passez votre chemin, vous ne pourrez pas comprendre ce que je vais raconter. C’est l’histoire d’émotions comme seul le sport peut vous en procurer. L’histoire d’une amitié masculine, fière et rugueuse, entre un groupe de gars de tous âges et toutes origines qui commencent à jouer ensemble au basket en septembre alors qu’ils ne se sont jamais vus. Méfiance de l’inconnu, rivalités, tensions, c’est le lot quotidien d’un début de relation entre hommes. Et le basket, le plus individuel des sports d’équipe, se prête parfaitement à ce petit jeu tacite. Mais peu à peu on apprend à se connaître, bien obligés par un enjeu commun qui nous fait dépendre des nos coéquipiers. L’amitié commence à se lier en même temps que les langues, elles, se délient, et un groupe commence à naître, avec ses personnalités et sa vie propre.

Et puis un jour on vous annonce que l’on va jouer le match de l’année, celui qui va déterminer ou non si ce groupe né de nulle part à une raison d’être. Ça part mal, très mal, au point de voir cette jolie fraternité se déliter quand on est menés de huit points à une minute de la fin de ce match si important. Mais la magie opère subitement, le phénix renaît de ses cendres, on se met à y croire ensemble, à pousser ensemble, à gagner ensemble. Et quand à l’ultime seconde un shoot sorti de nulle part scelle la victoire la plus inespérée qui soit, l’adrénaline se libère d’un coup, violemment. On se jette dans les bras de ces gars qu’on ne connaît que très peu en dehors du terrain, sans trop savoir ce qu’il se passe, poussés par une force étrange. On comprend d’un coup pourquoi les footballeurs font trois tours de stade quand ils marquent un but. On se dit que c’est si beau le sport. On remercie son père de nous avoir poussé vers l’entrée du gymnase tout gamin. On comprend enfin ce qu’est une histoire sincère, profonde. Une histoire d’hommes.

Ce moment restera longtemps gravé dans ma mémoire, comme beaucoup d’autres, car je n’ai pas honte de dire que j’ai vécu avec le sport quelques-uns des moments les plus forts de ma vie émotionnellement parlant. Il y a deux façons de vivre un évènement sportif, en étant acteur ou spectateur. Les deux sont différents, très différents mêmes, mais je ne suis pas sûr que l’un soit plus fort en émotions que l’autre. J’ai vibré ce samedi comme je l’avais fait lorsque la France avait battu les All-Blacks en 1999 ou plus récemment en octobre dernier. J’avais hurlé de libération de la même manière en mettant le tir au but décisif d’un huitièmes de finale d’un tournoi annuel de foot qu’en suivant le troisième but français contre le Brésil en 1998. C’est juste la magie du sport, qui vous fait oublier quelques secondes tout ce qui vous entoure pour vous plonger dans une espèce de transe inexplicable. Peu importe les enjeux et les implications du résultat, peu importe le niveau auquel on joue, c’est à chaque fois le même bonheur.

Un sport en particulier symbolise bien toutes ces valeurs d’un groupe qui avance ensemble, soudé malgré les personnalités très différentes qui le composent, c’est bien sûr le rugby. Rochelais de cœur et de sang, j’ai été piqué au virus très jeune lorsque mon père – encore lui – m’a traîné au stade pour assister à un match amical de l'équipe historique de la ville, le Stade Rochelais. Bilan des courses : rencontre arrêtée à vingt minutes de la fin pour cause de bagarre générale. Comme première expérience on fait mieux ! Mais trop tard, le pli était pris… Et depuis chaque week-end je suis avec fébrilité les exploits de ces joueurs qui représentent ma ville, mes attaches, symboles de ce fil ténu qui me raccroche encore un peu à mes origines. J’ai chaviré de bonheur pour certaines victoires arrachées au bout du suspense, comme une pièce de théâtre finement réglée pour garder intacte l’attention des spectateurs. J’ai pleuré aussi quand j’ai vu cette équipe si fière subir les affres d’une relégation et dire au revoir au plus haut niveau. J’ai vécu ces moments comme si moi-même j’étais joueur, rêvant d’exploits et de reconnaissance comme un gosse qui n’aurait pas grandi.

"Ecole de rugby, école de la vie" a-t-on l’habitude de dire. Pourquoi cela ? Parce que c’est peut-être le seul sport qui donne sa chance à tout le monde sans préjugés. Du petit teigneux au colosse monolithique, de l’athlète superbement proportionné au gras-du-bide un peu empâté, tout le monde a sa place sur un terrain de rugby. Comme un raccourci de la société, sans exclus ou laissés pour compte, chacun a la possibilité de s’exprimer en fonction de ses qualités. Quant à l’esprit rugby, je ne vais pas commencer à m’étendre dessus sinon je suis parti pour en écrire trois pages. Un mélange de fraternité, de respect mutuel, d’agressivité toujours saine et d’amitiés taciturnes. On a en tous cas tous beaucoup à apprendre de cette atmosphère si particulière qui règne autour d’un terrain de rugby. Encore une fois, celui qui n’a jamais trempé dans ce milieu ne peut pas comprendre de quoi je parle. Et il ne sait pas ce qu’il rate…

En ce dimanche soir je vais encore aller me coucher un peu fatigué, mais la tête dans les étoiles, le regard encore un peu rêveur. C’est que demain j’ai un entraînement à assurer, il s’agit de ne pas se relâcher ! C’est aussi ça le sport, une remise en question permanente. Voilà peut-être la raison principale pour laquelle j'aime tant ça.


(C'est donc ça nos vies... 11.02.2008)



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