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Parce que désillusion est le plus joli mot qui existe, entrez dans mon monde de chroniqueur désabusé
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Catégorie :
Blog Société
Date de création :
01.07.2007
Dernière mise à jour :
21.07.2008
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Plus jamais ça...

Plus jamais ça...

Posté le 31.03.2008 par dje
Habituellement je n’aime pas trop suivre le vent de l’actualité et reprendre les nouvelles fraîches dont on nous rabat les oreilles à longueur de journée. Parce qu’à force d’entendre reportages et débats sur certains sujets, on constate qu’on a vite fait le tour de la question et qu’il est difficile d’écrire quelque chose de neuf sur la question. Je vais pourtant faire une entorse à ce principe, car j’ai moi aussi envie d’évoquer l’histoire de la banderole déployée par le public parisien à l’occasion du match de football contre Lens samedi soir. Pour ceux qui auraient réussi la prouesse d’être passés à coté de l’évènement, petite piqûre de rappel : à l’occasion de la finale de la Coupe de la Ligue, le kop parisien a présenté une banderole sur laquelle on pouvait lire "Pédophiles, chômeurs, consanguins : bienvenue chez les Ch’tis". Un message au caractère douteux qui a été très vite taxé de raciste et qui a déclenché un véritable tollé à tous les niveaux, aussi bien sportif que politique.

La polémique vient en outre après d’autres évènements du même calibre : l’affaire Ouaddou, ce joueur de Valenciennes traité de singe dans les tribunes de Metz, et les banderoles pleines de poésie déployées par le public bastiais ("nous on n’est pas racistes, la preuve on t’encule") a l’encontre d’un joueur noir de Libourne-Saint-Serin qui avait porté plainte pour racisme après le match aller. Autant d’évènements très médiatisés qui prouvent qu’il y a un vrai problème de racisme dans les tribunes footballistiques françaises, et surtout que ce problème s’accentue de jour en jour. Enfin c’est ce qu’on veut nous faire croire, car la réalité n’est peut-être pas aussi simple. Je ne remets pas en cause le caractère même des banderoles, contrairement aux nombreuses personnes qui décrètent qu’elles n’ont rien de racistes. Qu’on les considère juste choquants ou plutôt profondément injurieux, voire même à connotation raciste, le fait est que ce genre de messages n’a rien à faire dans un stade, point barre. Il n’est pas besoin d’épiloguer et de débattre des heures pour en arriver à cette conclusion, d’autres aspects du problème sont infiniment plus épineux à soulever pour ne pas s’enfermer dans des querelles de vocabulaire.

Ce qui me dérange dans cette histoire, c’est une nouvelle fois le traitement médiatique des faits. Dans cette info-sensation dont nous sommes chaque jour les victimes, le racisme et la violence dans les stades sont subitement devenu le cheval de bataille des révoltés en tous genres. Pourtant ce phénomène ne date pas d’hier… Le Heysel, ça vous rappelle quelque chose ? Sans même remonter à des évènements aussi dramatiques, tous les joueurs professionnels vont diront qu’ils se font insulter tous les week-ends, et sur tous les terrains, par un public haineux qui ne jure que par ses couleurs. Même les banderoles ne sont pas un phénomène nouveau, les supporters Lyonnais et Stéphanois sont là pour le prouver, eux qui se combattent depuis des années à coups de messages qui dépassent souvent la limite de l’acceptable ("La chasse est ouverte, tuez-les" et autres réjouissances en tous genres) – et si encore il n’y avait qu’eux… Bref, la longue histoire des dérives dans les stades comporte de nombreux chapitres dont certains ne datent pas d’hier. Alors pourquoi subitement mettre toutes ces affaires en avant ? Pourquoi généraliser et jeter l’opprobre sur un public amoureux du sport qui subit les conneries de quelques énergumènes isolés ? Une telle mise au ban est durement ressentie par les supporters parisiens et corses qui se sentent victimes d’un acharnement médiatique – à tort ou à raison, difficile de juger – qui ne fait que renforcer leur amertume et est susceptible de provoquer d’autres dérapages du même genre.

Quoiqu’il en soit, que ce problème n’ait quasiment jamais été évoqué avant ne justifie évidemment pas que l’on continue à fermer les yeux. De ce point de vue, c’est une chose nécessaire de médiatiser un peu ce qui est révélateur d’un vrai malaise de société. Très bien, parlons-en alors. Mais à mon humble avis, il ne suffit pas de discutailler et d’imposer quelques sanctions symboliques pour faire avancer la question. Ah ça oui, on a beaucoup vu Abdeslam Ouaddou dans les médias ces dernières semaines, sûrement trop à son goût. Il est devenu contre son gré le symbole des joueurs victimes de racisme sur les terrains, en témoigne son entrevue privée avec Bernard Laporte. Mais concrètement, quelles ont été les suites de cette affaire ? Rien, strictement rien. Ah si, un point de retrait anecdotique pour une équipe déjà condamnée à la relégation, mais aucune sanction financière ou juridique. L’impunité totale pour les supporters messins incriminés ou pour l’arbitre qui n’a pas voulu écouter la détresse du joueur. Idem à Bastia, qui s’est juste vu retirer un point au classement du championnat, ce qui peut paraître bien dérisoire… S’agiter et se faire mousser dans la presse c’est une chose, agir dans le concret c’en est une autre. Et manifestement la ligue professionnelle de football n’arrive pas à concilier les deux en même temps.

Je commence à en avoir assez de tous ces manipulateurs qui jouent sur la carte de l’émotion et de la révolte juste pour monter les gens les uns contre les autres, et qui au final ne font rien d’autre que de pisser dans un violon. Vous voulez savoir ce qui est à l’origine de telles dérives ? Je vous propose un responsable : les médias eux-mêmes, secondés par les responsables sportifs, qui versent dans la glorification des vainqueurs et nous montrent tous les jours que les perdants n’ont pas le droit à la parole, qui cautionnent la marketisation du sport en signant des contrats mirobolants, qui poussent au sentiment nationaliste en chaque occasion pour mieux rappeler que le football c’est aussi prouver que l’on est plus fort que son voisin. Rien d’étonnant après de recevoir un tel retour de bâton, puisque seule la victoire est belle et qu’il faut mépriser son adversaire.

Après les évènements de samedi soir, le président de la Ligue Frédéric Thiriez a déclaré dans un élan profondément démagogique "Nous sommes tous des Ch’tis". Ah, merde, je viens d’apprendre un truc. J’ai une autre phrase-choc à lui proposer : "Nous sommes tous des faux-culs". Au moins là on le croira. Mais il faut que je fasse attention à ce que je dis, on pourrait m’accuser de traiter les Ch’tis de faux-culs ; par les temps qui courent, tout amalgame est le bienvenu.


(C'est donc ça nos vies... 31.03.2008)



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