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dje
Description du blog :
Parce que désillusion est le plus joli mot qui existe, entrez dans mon monde de chroniqueur désabusé
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Catégorie :
Blog Société
Date de création :
01.07.2007
Dernière mise à jour :
07.08.2008
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Panique sur la ville

Posté le 12.08.2007 par Djé
Ca y est, la terreur alimentaire est de retour ! Il nous a fallu attendre tard cette année, jusqu’au mois d’août alors que d’habitude la psychose apparaissait dès le printemps. Mais finalement elle est bien là notre épidémie de désinformation annuelle, et comme une fois sur deux elle nous vient d’Angleterre. Je ne sais pas ce qu’ils font à leurs bêtes de ce coté de la Manche pour mériter ça, mais ça explique peut-être le goût passablement désagréable de leur viande. En tous cas la menace pèse de nouveau sur nos assiettes depuis la découverte de nouveaux cas de fièvre aphteuse dans une ferme anglaise. Quelle déception de constater que l’imagination de ceux qui tirent les ficelles dans l’ombre commence à s’étioler... Ils nous avaient pourtant habitué à varier les plaisirs : un coup la vache folle, un autre le SRAS, l’année d’après la grippe aviaire. Il y avait une vraie volonté d’originalité derrière tout ça, histoire de ne pas lasser le consommateur et de le maintenir naïf et manipulable à souhait. Mais là rien de mieux qu’une resucée de l’épizootie de fièvre aphteuse de 2001. Franchement décevant. Ca explique peut-être qu’on ait dû attendre jusqu’en août, des fois que l’idée d’une nouvelle maladie arrive. Tant pis on se contentera de ça.

Alors oui, il est temps de décréter l’état d’urgence et d’envoyer les bêtes par centaines à l’abattoir. Le gouvernement anglais veut à tout prix éviter le fiasco d’il y a six ans, où près de dix millions d’animaux d’élevage avaient été victimes de la maladie. Dix millions vous êtes sûrs ? Officiellement ce ne sont pourtant que deux mille cas qui avaient répertoriés a l’époque. Mais ce n’est pas l’épidémie de fièvre aphteuse qui avait conduit à ces abattages par milliers, plutôt une gigantesque épidémie de connerie humaine. Sous prétexte d’un principe de précaution aberrant, on avait donc sacrifié 5000 têtes de bétail à chaque fois qu’un seul et unique soupçon de risque de contagion se faisait sentir. C’est sûr qu’une fois qu’on aura tué toutes les bêtes, il n’y aura plus de maladie. La logique est implacable.

On peut bien sûr m’apporter des objections, notamment que si l’on n’avait pas procédé de la sorte le nombre de cas aurait peut-être dépassé la barre des dix millions. C’est possible, et je ne suis pas suffisamment qualifié en la matière pour le savoir. Mais il est bon quand même de rappeler que la fièvre aphteuse a beau être extrêmement contagieuse, il n’en reste pas moins qu’elle n’est que très rarement mortelle – motif de désinformation n° 1 – et qu’elle ne peut se transmettre a l’homme – motif de désinformation n° 2. Deux objections qui tendent à faire réfléchir sur le caractère très relatif de la psychose déclenchée par cette maladie, et sur le traitement plus que radical qu’elle a provoqué. Un marteau-pilon pour écraser une mouche, toutes proportions gardées.

Le plus drôle dans tout ça, c’est ce qui est à l’origine de ce foyer d’infection. Au moins cette fois on ne nous a pas servi des explications profondément xénophobes, telles que le déplacement d’un nuage de virus provenant des mouvements en masse des moutons au Maghreb pendant l’Aïd-El-Kébir, ou encore les conditions sanitaires douteuses d’un élevage de porcs dans un restaurant asiatique. Un problème ? Oh ça doit venir du voisin, en plus il a une tête d’étranger... Non, en 2007 l’origine du foyer est un laboratoire de recherches qui justement étudiait un virus contre la fièvre aphteuse. Je trouve ça ... comment dire ... légèrement risible. Surtout que les vaccins en question ne sont théoriquement plus pratiqués depuis 1992, suite à un décret européen découlant d’une étude selon laquelle tous les cas depuis cinquante ans avaient été provoqués par des mauvaises manipulations de vaccins – c'est beau la recherche quand c'est bien mené. Mais en Angleterre on ne fait décidément rien comme tout le monde, et on a malgré tout décidé de continuer les études sur ce vaccin, avec les conséquences que l’on sait. Qui a dit que l’Europe marchait sur la tête ?

J’entends déjà certains me dirent que si de telles précautions sont prises, c’est qu’il doit y avoir une raison, un vrai risque, une menace à ne pas prendre à la légère. On n’oserait pas nous prendre pour des cons quand même !? Peut-être même que le danger est plus grand qu’on veut bien nous le dire. Oui oui, c’est ça. Et pendant ce temps la marmotte … enfin vous voyez où je veux en venir. Alors on va arrêter de manger de la viande, c’est de la vraie saloperie. On va arrêter de boire aussi, parce qu’il paraît c’est mauvais pour la santé (si si je vous jure). Et puis on ne va plus faire de sport, trop de risques de blessures ou de crise cardiaque. On ne va plus prendre les transports non plus, des fois qu’on aurait un accident. On va tous s’enfermer dans un bunker en attendant que ça se passe. On va se faire chier c’est sûr, mais au moins on vivra longtemps. Quelle belle société que l’on veut nous vendre, ça me fait saliver d’envie…

Allez sur ce je tire ma révérence, parce que je préfère vraiment en rigoler de tout ça. Mère des cons est toujours enceinte, comme dirait l’autre. Que personne ne s’inquiète, la descendance a encore de beaux jours devant elle.


(Chroniques d'un expatrié 8/11, 12.08.2007)



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Lost in translation

Posté le 05.08.2007 par Djé
Sept semaines. Déjà sept longues semaines que je moisis dans cette grisaille incessante et déprimante qui en vient presque à me faire perdre la notion du mot "été". Ca commence à faire beaucoup, suffisamment en tous cas pour avoir parfois l’impression furtive de me sentir chez moi. Passées les premières surprises, les premières rencontres, tout me semble désormais presque trop familier. Des habitudes, des repères se sont installés de façon sournoise, sans prévenir, et petit à petit l’embourgeoisement me guette. Ce même embourgeoisement dont me parlent mes plus anciens collègues depuis que la promesse d’une situation professionnelle stable s’est offerte à moi. Ce mot qui me fait peur tellement il sous-entend la perte d’une certaine forme de folie douce et insouciante, et la résignation à une routine qui il y a quelques mois encore m’aurait paru insoutenable. Ce mot que je suis pourtant obligé d’accepter car il correspond bien à une partie de ma situation actuelle.

Il était urgent de réagir. Et partant du principe que l’herbe est toujours plus verte de l’autre coté, j’ai décidé … de m’expatrier. Comme ça, sur un coup de tête. En deux jours les billets étaient pris et la journée de travail de vendredi passée aux oubliettes. Un besoin subit de reprendre contact avec des choses dont je n’arrivais pas à compenser le manque, malgré tous mes efforts. Juste envie d’une jolie parenthèse au milieu d’un été sans grande saveur. Train, bus, avion, escale, re-avion, taxi… Ca y est on est arrivé ? Le pied, plus qu’à refaire ça dans deux jours pour revenir !

Ca ne me dérange pas tant que ça, j’ai toujours adoré les transports en commun, justement pour ce qu’ils ont de commun. A l’instant où j’écris ces lignes, je suis bloqué entre deux avions et j’observe les gens qui, comme moi, sont en transit dans ce hall d’aérogare. Ca peut paraître con, mais c’est passionnant. S’imaginer, juste sur une impression, quel caractère se cache derrière un visage, quelle histoire peut bien expliquer telle attitude, quelles relations existent entre les personnes qui semblent se connaître… Chaque individu qui m’entoure, aussi insignifiant soit-il, est un personnage potentiel d’une intrigue qui se dessine dans ma tête. C’est tellement rassurant de se laisser aller à ces divagations sans réels fondements, surtout dans les moments où la réalité vous colle cette putain de boule au ventre qui inhibe toutes vos actions.

A force de vadrouiller aux quatre coins de France – souvent pour d’obscures raisons – les gares je commence à connaître. Ca reste à mon échelle. Les aéroports par contre j’ai vraiment du mal. Comment peut-on avoir mis au point des structures aussi complexes ? C’est un truc qui me dépasse. L’aéroport est comme un énorme animal qui vit de lui-même : chacun trouve sa place dans ce monstre d’organisation, fait son boulot sans une seule fausse note, passe le relais à un autre qui poursuit une activité qui ne s’arrête jamais, le tout dans la discipline la plus totale. L’individu s’efface pour n’être qu’un composant parmi d’autres d’une gigantesque entité autonome, et jamais un grain de sable ne vient perturber la mécanique. Je ne sais pas si je trouve ça impressionnant ou juste effrayant. Malgré les jolis sourires des hôtesses d’accueil, difficile de faire structure plus impersonnelle.

Trois heures plus tard, de retour dans l’aéroport de Londres. J’ai posé le cerveau à coté et je me suis mis en mode écriture automatique. C’est ça ou je m’effondre sur le stylo. J’ai vaguement l’impression de faire tache dans l’agitation ambiante. Une larve au milieu de la fourmilière. Certains me regardent bizarrement ; c’est si suspect que ça un mec assis en tailleur qui gratte sur un calepin au milieu d’un aéroport ? Faut croire que oui… Seule la musique de fond me semble humaine dans cette atmosphère : Ex-Factor, de Lauryn Hill. On pouvait difficilement trouver mieux dans le contexte… J’avance à la recherche de mon bus. Tout autour ce n’est qu’embrassades et retrouvailles, avec bien sûr les petits panneaux avec des noms dessus typiques des aéroports. Dans ce sens-là personne ne m’attend, ça tombe bien j’ai pas envie de parler. Rapide coup d’œil sur les news : un pont qui s’effondre, un train qui déraille, une bagnole qui explose… Un jour normal sur la planète Terre. Les images de ces drames passent en boucle sur le mur, juste derrière un couple qui s’enlace. Drôle de contraste.

Je suis en train d’achever ma dixième heure de transit en trois jours. Autant à l’aller je ne m’en étais pas rendu compte, autant au retour ça me semble interminable. Heureusement que cette fois j’ai pas fait la connerie de laisser stylo et feuilles blanches dans les bagages. Observer les gens c’est sympa un temps, mais à force ça lasse. J’entends parler anglais autour de moi, rien de bien surprenant me direz-vous. Ben oui mais pendant deux jours je m’étais presque déshabitué. Et ça fait vraiment du bien de pouvoir de nouveau s’exprimer comme on en a envie, sans chercher ses mots, sans se retenir d’intervenir parce qu’on n’arrive pas à suivre. Mais maintenant c’est fini, je suis de retour au pays. Enfin façon de parler.

London Heathrow Airport, 20h45. C’était un drôle de week-end
London Heathrow Airport, 20h45. Fin de la parenthèse


(Chroniques d'un expatrié 7/11, 05.08.2007)

Pour vous donner une idée de ce que représente l'aéroport d'Heathrow, je vous invite à lire cet excellent article :
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-781732,36-942873,0.html?xtor=RSS-3208

Pieter mon héros

Posté le 01.08.2007 par Djé
Juste un petit plaisir personnel, avec l'appréciation du pilier du XV de France Pieter de Villiers par son acolyte Sylvain Marconnet. Merci Sylvain, enfin quelqu'un qui comprend...

Quel joueur du XV de France est le plus bordélique ?
Y a du bordel un peu dans toutes les chambres. Pieter De Villiers est pas mal. Je partage ma chambre avec lui et ses affaires traînent un peu partout. Mais bon, il retrouve toujours tout alors ça doit être un bordel organisé.


(Petite victoire personnelle, 01.08.2007)

La misère d'en face

Posté le 29.07.2007 par Djé
Il y a des rencontres qui sont aussi uniques qu’improbables. Des moments magiques auxquels on ne s’attend pas mais qui sont à même de totalement changer une personne. Je l’avais bien déjà repéré sur le chemin du boulot, un jour d’un coté de la rue, l’autre jour de l’autre. Toujours la même dégaine. Mal rasé, un treillis usé jusqu’à la toile, une casquette kaki, un bon vieux T-shirt Linkin Park et un étrange symbole en guise de boucle d’oreille. Un sac à dos comme coussin de fortune et un chien fidèle sur les genoux complètent le tableau. Une bonne gueule, de celles qu’on a envie de découvrir un peu plus.

J’avais vu que souvent certains s’arrêtaient pour lui parler, passer un peu de temps avec lui. S’il y a quelque chose que les gens semblent avoir compris ici, c’est qu’un SDF n’a pas uniquement besoin de monnaie ou de quoi manger, mais aussi de compagnie et de chaleur humaine. De mon coté je n’avais jamais pris le temps de m’arrêter, et je me contentais de passer devant lui en baissant la tête. Je ne sais pas pourquoi. Barrière de la langue ? Retard sur l’horaire ? Ou peut-être juste peur de l’inconnu… En tous cas un truc con qui me retenait à chaque fois.

Et puis un jour j’en ai eu marre de jouer au citadin pressé. Je l’ai entendu me saluer, je me suis arrêté. Je me suis posé là et on a commencé à parler. De tout… De rien… Surtout de rien en fait. Il m’a dit s’appeler Andy, et c’est tout ce que je sais de lui. Je ne veux pas en savoir plus, et ça tombe bien parce qu’il ne veut pas m’en dire plus. Quand il a su que je venais de France, il m’a tout de suite demandé ce qu’on faisait chez nous pour aider les gens comme lui. Il a accueilli ma réponse sans grande surprise, comme s’il savait déjà que dans tous les pays occidentaux les laissés-pour-compte n’ont jamais aussi bien porté leur nom. Et puis la discussion a dérivé d’un sujet à l’autre, sans grande cohérence. On est restés là pendant une demi-heure, assis sur le trottoir, à refaire le monde, et puis je suis parti en le laissant à sa solitude. Depuis ce jour le rendez-vous est devenu régulier.

Il pourrait m’en vouloir, moi le petit con qui a un toit et un job bien payé alors qu’il n’a rien fait de sa vie, et qui pousse le vice jusqu’à arborer montre, gourmette et chaîne en or juste sous son nez. Même pas. Il accepte sa condition avec un fatalisme étonnant, tout en gardant l’énergie d’aller de l’avant. L’énergie du désespoir… Aucune rancœur envers cette société qui le laisse sur le bas-côté, juste un regard acéré et désabusé sur le monde qui l’entoure. Ses traits d’humeur me régalent. A croire que franchir l’obstacle de la langue a fait tomber la barrière sociale, mais quand on discute il n’y a plus de règles, plus de tabous. On se parle d’égal à égal. D’homme à homme. Comme deux potes autour d’une bière qui se laissent aller à exprimer leurs ressentis parce qu’ils se sentent en confiance. De quoi me rappeler à moi qui doute de tout que l’authenticité existe encore.

Je me demande comment un mec aussi marginal peut garder une vision aussi juste sur la société. Il dort dans la rue et pourtant pourrait donner des leçons de sociologie à tous ces philosophes qui ne sont jamais sortis de leur tour d’ivoire. Ce qui m’interpelle surtout, c’est comment quelqu’un à l’esprit aussi vif et manifestement pétri de qualités peut en arriver à ce point de déchéance. C’est bien que quelque chose ne tourne pas rond dans notre monde ! Pendant ce temps on apprend que les candidats à l’Elysée ont dépensé plus de vingt millions d’euros pour leur campagne. Ca ne vous laisse pas comme un sale goût dans la bouche ?

Si je lui disais que j’allais écrire une chronique sur lui et qu’il allait être connu aux quatre coins du monde, ça le ferait sûrement rigoler. Parler d’un clochard, qui veux-tu que ça intéresse gamin ! Plein de gens j’espère, parce que de mon coté c’est sûrement la personne la plus touchante qu’il m’ait été donné de rencontrer ici. Je cite la FF : "ce sentiment de bien-être qui n’enlève rien à notre mal de vivre". C’est ça que je vois dans ses yeux qui pétillent quand on discute. Passer du temps avec ceux qui veulent bien s’arrêter et aller vers lui, c’est la seule chose qui le rattache encore un peu à ce monde. Alors je reste là, dix minutes, un quart d’heure, et puis je rentre chez moi où m’attendent une chambre chauffée et un lit douillet, pendant que lui s’endort sur le trottoir. Et à chaque fois la même question qui me vrille le bide : qu’ai-je fait de plus que lui pour mériter ce que j’ai ?

Dans une autre vie ce mec aurait pu être mon meilleur pote, mon frère, ou même mon père. Là c’est juste un clochard abandonné dans une rue pluvieuse. Un personnage marginal mais tellement vrai dans la grande hypocrisie de la comédie humaine. C’est Andy. Chienne de vie…


(Chroniques d'un expatrié 6/11, 29.07.2007)
L'image est extraite du film Comme un Aimant (Kamel Saleh, 2000)

She burns like the sun

Posté le 25.07.2007 par Djé
You’re something beautiful, a contradiction
And you’re the only reason that I remain unfrozen
You could be my unintended
I’ll love you endlessly
Link it to yourself

Controlling my feelings for too long
Now it's time for changing
Take off your disguise
Change everything you are
Can you see what I am needing ?
Darkshines bringing me down…

You’re still nothing to me
A kiss that can't renew
Blackboard scratched with hate
And we are unloveable

I'll cut your name in my heart
I wish I could
All the love we’ll throw away
And it’s gonna be our last memory

Who’s returned from the dead ?
Freedom is mine, and you know how I feel
So come in my cave and I’ll burn your heart away


Exercice du jour: retrouver de qui sont toutes ces citations (ça c'est facile) et de quel morceau chacune est issue (déjà moins facile) - y en a pas deux du même morceau ;-)

Sur ce je vais me coucher parce que je suis vraiment en train de craquer


(Craquage insomniaque, 25.07.2007)

Sexe, bière et Rock'n'Roll

Posté le 22.07.2007 par Djé
C’est un vrai régal que de suivre l’actualité britannique. Ou plutôt la réaction des Anglais à cette actualité. Il y a toujours comme un décalage singulier entre la gravité des faits et la façon dont ils sont appréhendés. Les évènements les plus importants sont souvent pris à la légère, alors que la plus insignifiante des nouvelles est prompte à faire parler pendant des jours. J’ai déjà eu l’occasion de vous parler de mon étonnement concernant l’indifférence manifeste de la plupart des Anglais face aux inondations qui touchent leurs compatriotes ou encore la menace terroriste sur Londres. Mais la semaine passée il y a une chose, bien plus grave, qui était au centre de toutes les discussions : quatre, que dis-je sept ministres britanniques ont avoué avoir fumé du cannabis dans leur jeunesse. Oh my God, that’s so weird !

Je vous replace le contexte : Depuis 2004 le cannabis a été replacé au Royaume-Uni comme drogue de catégorie C, au même titre que les anabolisants ou les tranquillisants les plus puissants. Tony Blair on aime ou on aime pas, mais voilà au moins un dirigeant qui a compris que l’on ne peut pas traiter un fumeur occasionnel de la même manière qu’un dealer d’héroïne. Mais le nouveau gouvernement a peur que cette banalisation ait des conséquences fâcheuses sur sa belle et dynamique jeunesse, et charge donc la nouvelle ministre de l’Intérieur d’une consultation sur le sujet. Consultation qu’elle démarre de façon pour le moins originale … en déclarant avoir été elle-même consommatrice.

Et là c’est le drame. En l’espace d’une journée les déclarations se multiplient, et le soir même ce sont donc pas moins de sept ministres qui ont emboîté le pas de leur collègue – et pas des moindres : Finances, Transports, Logement… En chimie on appelle ça une réaction en chaîne. Là on assiste plutôt à un superbe exemple de solidarité politique. Ca me rappelle un peu les lemmings, vous savez ces petites bêtes suicidaires qui se jettent aveuglément du haut des falaises par paquet de dix. Ou alors les politiques anglais sont-ils simplement jaloux de leur homologue français Nicolas Sarkozy arrivant fin saoul au congrès du G8 ? Ministre ou pas, en Angleterre aussi on sait se retourner le cerveau ! Ah pardon, on me souffle dans l’oreillette que notre cher président n’avait pas bu, tout juste était-il un peu essoufflé parce qu’il venait de monter des escaliers. Liberté de la presse, quand tu nous tiens…

Bref, vu de mon œil extérieur d’expatrié tout cela prête plutôt à sourire. Je me rappelle qu’à l’époque Lionel Jospin avait avoué lui aussi avoir fumé du cannabis étant étudiant, et que ça n’avait pas franchement ému les foules. Mais ici monsieur, en Grande-Bretagne, pays des vertueux défenseurs de la morale, de telles déclarations ça ne passe pas ! Et toute la semaine j’ai pu entendre à droite à gauche des réactions toutes plus offusquées les unes que les autres, souvent à la limite du réactionnaire. C’est bien simple, cette histoire est tellement sur toutes les lèvres que je ne sais toujours pas si Harry Potter est mort – et d’ailleurs sans vouloir choquer personne je m’en fous un peu.

Si décalage il y a entre l’information et la façon dont elle est relayée, c’est surtout dans le comportement général des Britanniques qu’il y a … comment dire … comme une contradiction. Parce qu’ici tout le monde, sans distinction de sexe, d’âge ou de condition sociale, a adopté une philosophie de vie qui se décline en deux mots : Save Money. Le principe ? D’une simplicité enfantine ! La semaine on bosse pour mettre de l’argent de coté, argent qui servira le week-end à s’éclater la tête – et je pèse mes mots – en faisant la tournée des pubs. Ca commence le samedi dès quatorze heures. A dix-neuf heures on croise déjà des cadavres à tous les coins de rue. Et à vingt-deux heures on est susceptible de tomber sur vingt mecs à poil en train de danser la Macarena au milieu d’un carrefour. Ah ça oui, on s’ennuie rarement le samedi soir en Angleterre.

Et alors quoi ? Accepter de se mettre dans des états pareils toutes les semaines, et s’offenser parce que ses dirigeants ont avoué avoir tiré deux fois sur un joint qui tournait ? Y a comme un truc que je saisis pas. Et quand j’évoque le sujet avec les autochtones, je n’ai pour seul réponse qu’un nébuleux "Ca n’a rien à voir". Ah bon… Alors si ça n’a rien à voir, ça doit peut-être venir de moi… Après tout, je devrais commencer à le savoir qu’en Angleterre on ne fait rien comme tout le monde.

Une partie du mystère m’a cependant été levée par un de mes collègues, archétype du vieux sage anglo-saxon tel qu’on peut se l’imaginer, calme et flegmatique. C’est juste que le peuple anglais est un peu comme un loup-garou m’a-t-il dit, qui se transforme une fois la semaine de travail passée. Et il n’y a rien à voir entre les deux facettes de ce personnage. Une sorte de schizophrénie assumée et contrôlée. Le Save Money poussé à son paroxysme. Avant d’ajouter que les Britanniques sont sûrement le peuple le plus décadent du monde, mais seulement deux jours par semaine. Ce n’est pas un hasard si le rock, le vrai, celui des Pink Floyd et Led Zeppelin, est né ici. Et de conclure avec malice que ça devait sûrement être un week-end.


(Chroniques d'un expatrié 5/11, 22.07.2007)

Vous avez dit expatrié ?

Posté le 15.07.2007 par Djé
Je vous imagine arriver, lundi matin, les yeux collés, pas encore bien remis d’un week-end éprouvant, avec tout sauf l’envie de repartir pour une semaine de boulot, d’être obligés de regarder encore une fois le soleil de juillet par la fenêtre. Et voilà qu’en plus l’autre empaffé vient vous saoûler avec ses chroniques… Et bien vous avez pas fini, car moi ça me plaît de me livrer à ce petit exercice d’écriture sans prétention. Faut croire que je ne suis pas le seul, et suite aux appels déchirants de groupies en manque avides de recevoir leur billet hebdomadaire (ils se reconnaîtront), j’ai même décidé d’élargir la liste de diffusion. Juste histoire de faire chier encore plus de monde, quitte à m’exposer aux commentaires acides mais appréciés des moins hypocrites.

Quoiqu’il en soit, c’est la quatrième de mes chroniques et je commence déjà à me demander pourquoi je les appelle comme ça. Expatrié… En quoi suis-je réellement expatrié ici ? Ou plutôt, en quoi le suis-je plus qu’à Paris ? Je me sens tellement plus chez moi dans la fraîcheur du Sud de l’Angleterre que dans la grisaille francilienne. Mais la vraie question est : ai-je encore une patrie ? Puis-je encore revendiquer des origines alors que je ne vois l’Océan qu’une semaine tous les deux mois et que je ne suis pas retourné à Toulouse depuis plus d’un an ? J’aurais dû appeler ça "Chroniques d’un déraciné", ça aurait sûrement été plus juste.

Et pourtant, tellement de choses ici me renvoient à cette double identité. Des sensations, des ressentis… C’est juste que rien ne colle ensemble. Quand je me promène au milieu de ces maisons aux briques rouges, j’ai parfois l’impression d’être à Toulouse. Et avec la fraîcheur du vent marin, y a pas de doute on est à La Rochelle. Mais les deux en même temps, on est nulle part. On est ici, à Southampton. Loin de tout. Loin du monde. Loin des siens. Et puis, à y regarder de plus près… Le rouge des briques est bien terne, comme fatigué de devoir supporter un climat capricieux. Et l’air de la Manche ne pourra jamais ressembler à celui de l’Atlantique.

Je suis fatigué de chercher à chaque coin de rue les repères rassurants que j’ai toujours connus. Mais je sens qu’ils sont là, car une partie de cette terre me parle. J’aime me promener seul dans ces rues la nuit sans savoir où je vais. Arrêter des passants sans raison. Parler à des inconnus. Et tant d’autres choses que je n’aurais jamais faites en France. C’est curieux de constater à quel point le fait de parler une autre langue peut changer une personnalité. Les réactions, les comportements sont forcément différents. Pendant un temps j’ai eu l’impression de me perdre de vue. Et puis j’ai compris que j’étais juste quelqu’un d’autre. Comme un étranger à moi-même, mais un étranger que je connais tellement bien.

C’est déroutant comme sensation parce que rien n’a d’importance, tout paraît en décalage. Au pire, si les gens trouvent certains de mes comportements bizarres, ils se diront que ça doit être une habitude française. Et n’étant pas tout à fait moi-même, je n’ai pas de scrupules à afficher mes différences. Je m’assume sans états d’âme, sans me soucier des regards extérieurs. Et je n’hésite plus à signer mes chroniques à visage découvert. Comme un retour aux sources, alors que je suis étrangement dans un endroit que je n’ai jamais connu.

Il faut dire que les points communs sont nombreux entre la cité où je suis né et celle qui m’accueille pour l’été. La Rochelle a un caractère tellement anglo-saxon. Parler de ma ville ici m’attire la sympathie de tous les Anglais, alors que c’est à peine s’ils connaissent Nantes ou Bordeaux. Sans parler de l’histoire parallèle des deux villes fortifiées : Southampton port d’attache du Mayflower, La Rochelle ville de départ des immigrés protestants partis fonder New Rochelle de l’autre coté de l’Atlantique.

Bien sûr tout n’est pas parfait, loin de là. Il manque beaucoup du soleil et de l’insouciance toulousaine. Car malgré leur apparente bonne humeur et leur grande sociabilité, les gens ici cachent mal une austérité qui se dégage de leurs mots dès qu’ils se mettent à parler. A cette époque de l’année, il manque aussi l’ambiance si particulière des Francofolies, que je suis en train de rater pour la quatrième année d’affilée. Il manque surtout les filles et la fierté de La Rochelle. Ce genre d’attitudes qui fait que justement par chez nous, on ne se livre pas comme ça au premier abord. Ce trait de caractère qui trop souvent nous fait passer pour sceptiques, voire hautains. Alors qu’il n’en est rien.

Je pensais arrêter ma chronique ici, mais en me relisant je me demande encore comment j’ai pu douter d’avoir une identité. Elle transpire de chacune de mes lignes. Comme quoi à force d’être quelqu’un d’autre, on en viendrait presque à oublier sa nature profonde. Heureusement certaines convictions sont si profondément ancrées qu’elles ne risquent pas de s’envoler si vite. Je suis Rochelais de cœur et de sang, et Toulousain d’adoption. Et il faudra se lever tôt pour m’enlever ça du crâne.


(Chroniques d'un expatrié 4/11, 15.07.2007)

Une certaine idée de la classe

Posté le 08.07.2007 par Djé
C’est le retour du printemps ! Je sais pas si comme moi vous l’avez remarqué, mais ça y est l’hiver est fini. C’est une époque que j’ai toujours adorée. Les rayons de soleil percent derrière les nuages, mais la brise légère et rafraîchissante d’avril est toujours là. Les fleurs bourgeonnent, la nature se réveille. Les filles sortent les tenues légères, même si là où je suis il y a vraiment des fois où je préférerais pas. Il flotte comme un sentiment de bien-être de sortir enfin de l’hiver et de filer doucement vers l’été… Comment ça on est en juillet ? Non, c’est bon, vous me laisserez pas croire ça. On me la fait pas à moi ! Deux jours de soleil en trois semaines et 10° au réveil, vous me prenez pour un con ou quoi ?

Et pourtant si, il y a un indice qui prouve de façon irréfutable qu’on est bien en juillet : le Tour de France vient de démarrer. Je ne m’en étais presque pas aperçu. Je me rappelle encore comment j’attendais avec impatience ce moment quand j’étais gosse. Pour moi juillet c’était pas les vacances, c’était le Tour et rien d’autre. Combien d’heures passées devant la télé à suivre les exploits des forçats de la route… Douce innocence de gamin qui n’a pas encore tout compris à la vie. La magie s’est envolée vite, tellement vite. Mais est-ce moi qui ait grandi ou juste mes héros d’hier qui ont été déchus ? Je crois que même si j’avais encore dix ans, je ne pourrais plus m’émerveiller comme avant face à la déchéance de ce sport.

Je m’étais quand même dit il y a quelques semaines que si j’avais la motivation, je profiterais du fait que le départ de l’épreuve soit à Londres pour aller y faire un tour (sans mauvais jeu de mots). Mais à quoi bon… Faire cinq heures de train, vider son compte en banque, se masser comme des sardines derrière des barrières pendant des heures, tout ça pour voir – que dis-je, apercevoir – des fusées chargées comme des mules à plus de 55 km/h, sans façons merci. Sans compter le risque non négligeable de se prendre une bombe sur le coin de la gueule… C’est bon je préfère rester chez moi quitte à larver pendant deux jours.

Du coup j’ai rien fait du week-end. Ou plutôt si, j’ai fait ce que j’avais envie de faire quand j’avais envie de le faire. Partir en vadrouille sans plan dans la ville. Décider au hasard à chaque croisement dans quelle direction aller. Se paumer parce que chez ces foutus Anglais toutes les rues et toutes les maisons sont les mêmes. Prendre un bus sans savoir où il va et descendre à un arrêt inconnu. Se retrouver dans un parc et s’endormir dans l’herbe comme un pouilleux en se moquant bien de ce que penseront les promeneurs. S’arrêter prendre une pinte à une terrasse quelconque en discutant du transfert de Thierry Henry à Barcelone. Et se retrouver à chercher son chemin de retour en se guidant à la position du soleil, sans avoir aucune idée d’où l’on est. Ca faisait longtemps que ça ne m’était pas arrivé des trips à la con comme ça. Au moins depuis Forcalquier.

Entre deux vadrouilles j’ai quand même pris le temps de regarder les finales de Wimbledon. Ben oui ça aussi ça se passait à Londres. A croire qu’il suffit que je débarque dans un pays pour que l’actualité y devienne surchargée. Ou alors c’est juste qu’avant je m’en foutais… Bref, j’ai fait l’effort de jeter un oeil à la finale dames, histoire de voir la prestation de notre petite française. Et ça m’a fait de la peine de la voir s’effondrer en larmes à la fin du match. Plus que la déception de la défaite, elle était sûrement en train de comprendre qu’elle venait de vivre un moment unique dans une vie, mais qu’il était déjà passé, si vite, trop vite. Cruelle ironie du sort qui ne vous fait prendre conscience de la valeur des choses qu’une fois qu’elles sont parties…

Et bien sûr, je n’aurais raté pour rien au monde la finale hommes pour le triomphe du grand, de l’immense Rôdgeur (ben oui il paraît qu’on dit comme ça). Non pas que j’ai quelque chose contre Nadal, au contraire. J’aime bien son coté guerrier un peu fauve, son apparence de gentil sauvage, et surtout son tempérament fier qui le pousse se battre jusqu’au bout. Mais que dire face à la classe naturelle de Federer ! Ceux qui comme moi ont vu les images de son arrivée sur le court et de la remise de la Coupe savent de quoi je veux parler : le mec débarque sur le court central pour jouer une finale de Wimbledon, et il arrive en veste, chaussure et pantalon blancs. Nonchalamment, l’air de rien, juste en en mettant plein la vue sans rien faire de spécial. Une certaine idée de la classe, en somme. Cette fois c’est décidé, à force d’en parler, dès mon retour en France je me l’achète ce costard blanc.

Au fait, ce week-end on commémorait aussi deux évènements tragiques survenus coup sur coup il y a deux ans. Le 7 juillet 2005, des attentats terroristes (déjà) faisaient trembler les rues de Londres. Et la veille, les habitants de La Rochelle apprenaient que leur ville ne serait pas bassin olympique en 2012. Tragique je vous avais dit…


(Chroniques d'un expatrié 3/11, 08.07.2007)

Un seul être vous manque...

Posté le 03.07.2007 par Djé
Je suis parti sans elle. Je l’ai laissée derrière moi en pensant que je pourrais me passer d’elle. Après tout, trois mois qu’est-ce que c’est ? Dans mon orgueil je ne pensais pas qu’elle pourrait me manquer… Et pourtant au bout de trois semaines je commence déjà à ressentir un vide. Son contact me manque, presque autant que la chaleur de ses courbes harmonieuses. Les longs moments passés en tête à tête. Les vibrations dans ma poitrine à chaque fois qu’elle prend possession de moi. Je ne pensais pas être autant dépendant d’elle. Ma panthère noire, mon inspiration. Comment ai-je pu vouloir nous séparer si longtemps ? Je sais que là où tu es tu ne peux pas m’entendre, mais je hurle ton absence de toutes mes forces. Si j’avais su je t’aurais emmenée avec moi… Mais je ne savais pas. Et je me suis condamné moi-même à passer trois mois sans ma plus fidèle compagne, ma confidente, ma muse.

Quel besoin j’ai de raconter ça ici ? Quelle impudeur me pousse à m’étaler de ma sorte ? Après tout ça ne regarde personne. C’est juste une histoire entre ma basse et moi…


(Divagation nocturne, 03.07.2007)

Flower of Scotland

Posté le 01.07.2007 par Djé
Quand l’actualité de votre pays d’accueil est aussi riche qu’elle a pu l’être la semaine passée, c’est un vrai bonheur pour un chroniqueur. On en vient même à avoir l’embarras du choix sur le sujet à aborder, et à se demander ce qu’il va falloir laisser de coté. Alors, on commence par quoi ? Le départ de Tony Blair et la nomination du nouveau Premier Ministre anglais ? Les inondations meurtrières qui frappent le nord de l’Angleterre ? Ou bien encore la menace terroriste qui se fait de plus en plus pressante sur Londres ?

Et bien au risque de vous décevoir, je ne parlerai pas de tout ça. Pour une simple et bonne raison, c’est que là où je suis tout le monde s’en fout. J’ai retrouvé ici avec surprise le caractère égocentrique que je pensais être l’apanage des Français, et qui fait qu’on ne se soucie guère des problèmes des voisins. Les attentats à Londres ? Ca concerne les Londoniens… Quant aux inondations dans le nord, tant qu’elles n’arrivent pas jusque chez nous, on n’a rien à craindre, non ? Chacun sa merde en gros. C’est bien simple, si je n’avais pas Internet je ne serais même pas au courant de l’actualité pourtant préoccupante de ces derniers jours. C’est à se demander si ces évènements ont bien lieu dans le même pays.

A des années-lumière de ces comportements nombriliques, l’après-midi que j’ai passée samedi a eu des allures de révélation pour moi. En me baladant au hasard des rues, là où mes jambes voulaient bien me porter, je me suis arrêté dans un pub Ecossais où se déroulait en plein air (mais sous bâches car je vous rassure il pleut encore) une sorte de festival de la bière. Le concept est simple : on ramène des fûts de toutes les spécialités des pubs du coin, et on propose ça à la dégustation – et plus si affinités – de tous ceux qui veulent bien passer par là, le tout autour d’un méchoui des plus impressionnants.

Que dire de plus si ce n’est que j’ai été accueilli à bras ouverts par tous ces Ecossais arborant avec fierté kilts et maillots du XV du chardon, comme pour narguer les quelques Anglais qui auraient l’audace de pénétrer dans les lieux. Passez la porte et vous êtes transportés dans les Highlands. Seuls les couteaux qui dépassent des chaussettes semblent rappeler qu’ici on est en territoire ennemi. Mais d’ennemi pour moi il n’en est pas question, car je suis entraîné avec force et bonne humeur par les Ecossais qui veulent me faire goûter leurs bières, " The best ones in the world my friend ! ".

Comment ne pas être impressionné par ces hommes taillés dans le roc, par ces femmes au regard fier et assuré ? Il y a un contraste étonnant entre leur force de caractère et la bienveillance avec laquelle ils me proposent de m’intégrer à leur groupe. Se sentent-ils proches de moi car je suis, comme eux, un expatrié ? Je n’en sais rien. Mais en tous cas l’ambiance est chaleureuse, les rapports sincères, et la bière … excellente bien que relativement traître. Tout est là pour se sentir bien malgré le froid et la pluie.

L’après-midi passant, on commence à entendre le son lointain d’une cornemuse, qui peu à peu se rapproche et prend place au milieu de l’assemblée, vite rejointe par un tambourin. Puis d’autres se lèvent, et ce sont bientôt quatre, cinq, six cornemuses qui jouent à l’unisson, accompagnées d’une dizaine de percussionnistes. Tout le monde est suspendu au son nasillard des instruments, comme si le temps s’était arrêté. Le moment est magique, mais le meilleur est à venir car les premières notes du fabuleux "Flower of Scotland" commencent à résonner dans l’air. Et ce sont alors cinquante poitrines qui reprennent en chœur l’hymne gaëlique, avec une puissance et une conviction qui vous prennent aux tripes. De quoi donner des frissons jusqu’au lendemain matin. Tout simplement grandiose.

Ca peut paraître idiot, mais l’espace d’une après-midi je me suis senti écossais. Moi qui n’ait jamais été touché par un quelconque sentiment patriotique, j’ai compris ce que cela voulait dire que d’être membre d’une communauté. Ca réchauffe… Ca réconforte… Ca vous fait oublier tous les tracas quotidiens et les merdes qui vous arrivent dans la gueule sans prévenir, parce que vous savez que vous n’êtes pas seuls dans cette galère. Une espèce de sentiment rassurant qui vous fait dire qu’au fond rien n’a plus d’importance que la reconnaissance des siens. J’ai ressenti ça pendant quelques heures, puis je suis parti, plus tout à fait le même qu’en arrivant.

Pendant ce temps, les rares Anglais présents sont restés dans leur coin, observant la scène d’un air moqueur. Eux ne comprendront sans doute jamais ce que signifie appartenir à une communauté.


(Chroniques d'un expatrié 2/11, 01.07.2007)
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