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dje
Description du blog :
Parce que désillusion est le plus joli mot qui existe, entrez dans mon monde de chroniqueur désabusé
Catégorie :
Blog Société
Date de création :
01.07.2007
Dernière mise à jour :
09.02.2009

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Chroniques du Vengeur Masqué

Prêt à profiter de nous ?

Publié le 20/01/2008 à 12:00 par dje
Prêt à profiter de nous ?
Question à mille euros : quelle est la destination touristique préférée des habitants de Sofia ? Vous ne savez pas ? La réponse est pourtant simple, puisqu’il s’agit d’Athènes, cité éternelle dont la richesse de l’histoire transpire de l’architecture de chaque bâtiment. Mais si les Bulgares se déplacent en masse vers la capitale grecque, ce n’est pas pour l’Acropole, le Parthénon ou encore le Stade Olympique, mais pour aller faire leurs courses à l’Ikea du coin. Drôle d’idée tout de même… En effet, devant l’obstination de la firme suédoise à ne pas s’installer à Sofia, les consommateurs n’hésitent plus à parcourir les sept cent kilomètres qui séparent les deux villes juste pour avoir leur dose de mobilier à prix réduit. Voilà une des conséquences pour le moins inattendues de l’ouverture des frontière entre pays européens.

Le symbole est marquant pour Ikea, l’un des fers de lance de cette société de consommation à outrance voulue par la toute-puissance de l’économie de marché, peut-être l’entreprise qui a le plus profité de la magie de la mondialisation ces dernières années. Le principe a été testé et maintes fois approuvé : on y va pour acheter une table, on ressort avec une armoire, deux tapis, quelques luminaires, un ensemble de chaises … et pas de table. Vous savez sûrement de quoi je parle. Une incitation à la surconsommation et au matérialisme que nous acceptons tous avec allégresse, et qui nous fait posséder des dizaines de choses dont nous n’avons strictement aucune utilité. Sans tomber dans une idéologie fortement inspirée du Fight Club, on est en droit et même en devoir de se poser quelques questions sur les conséquences d'une telle évolution.

J’entends déjà certains m’accuser de cracher dans la soupe, car après tout chacun s’y retrouve dans cette histoire : Ikea accroît son chiffre d’affaires, les Bulgares ont les meubles qu’ils convoitent, et Athènes voit ses revenus touristiques augmenter. Mieux que ça, des emplois sont même créés puisque des petits malins ont flairé le bon filon et ont mis en place des navettes Sofia-Athènes spécialement conçues pour aller faire ses courses à Ikea, leur affaire rencontrant un succès florissant. En voilà qui ont compris comment profiter des petites entreprises. Pour un flirt avec la crise….

Le bilan est donc au final plus que positif : la consommation est relancée, le chômage baisse, le moral des ménages s’améliore ; que demande le peuple ? Tous les indicateurs chers à nos politiques sont au vert, c’est bien la preuve que l’ouverture des marchés ça marche ! Pourtant quelque chose me chiffonne… Comme l’impression fugace mais persistante qu’en détournant de la sorte toutes les règles de la concurrence, on est en train de scier la branche du sacro-saint capitalisme sur laquelle nous sommes assis. Comme le sentiment tenace qu’à force de s’affranchir de toutes les conventions sous prétexte de libéralisme, on se dirige tout droit vers l’anarchie économique la plus totale. Et comme la certitude que le jour où tout ça va nous péter à la gueule, ça risque de faire bien plus que de simples dégâts collatéraux.


Don Diego de la Serna
(Chroniques du Vengeur Masqué, janvier 2008)



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Altius, Fortius, Cresus

Publié le 03/01/2008 à 12:00 par dje
Altius, Fortius, Cresus
Les Jeux Olympiques approchent à grands pas. C’est en effet l’été prochain que toute la famille mondiale du sport va se retrouver à Pékin pour 2 semaines de liesse et de fraternité dans le plus pur esprit olympique. Des Jeux qui doivent permettre à la Chine d’asseoir sa position de puissance économique émergeante et de s’affirmer comme futur associé du grand frère américain, en attendant plus. Les Etats-Unis, qui contrôlent le CIO de la même manière que l’ONU, l’ont joué fine sur ce coup-là, accordant l’évènement au gouvernement chinois en guise de concession, eux qui ont tellement peur de voir leur suprématie contestée par l’avènement de l’Economie de marché made in China. Alors au diable le non respect des Droits de l’Homme et les exécutions en masse, au diable ces dirigeants schizophrènes qui se proclament de l’héritage de Mao tout en fonçant tête baissée dans le monde capitaliste. C’est bien à Pékin qu’auront lieu les Jeux 2008.

Depuis maintenant six ans que la décision a été prise, les autorités ont déclaré le branle-bas de combat pour faire de ces Jeux le symbole du rayonnement chinois sur le monde. Les athlètes sont triés sur le volet, pris dès la fin de l’adolescence pour arriver à l’âge idéal au bon moment, entraînés comme des stakhanovistes dans des conditions extrêmes, littéralement programmés à être les meilleurs dans chaque discipline lors de l’été 2008, quitte à leur brûler les ailes et à ne plus jamais les revoir après ça. Belle vision du sport… Mais il n’y pas que dans ce domaine que la sélection fait rage. Pékin a en effet lancé une campagne de recrutement des jeunes filles qui présenteront les médailles aux athlètes sur les podiums. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que là aussi les places seront chères.

Les critères préconisés pour cette sélection sont drastiques, et ne surprendront sans doute personne. Etre grande (plus de 1,70m), jeune (moins de 25 ans), et avoir une silhouette avenante. Mais laissons le Comité d’organisation en parler avec un tact subtil mêlé de finesse : « Elles ne devront pas être trop lourdes ». Rien à dire messieurs, vous savez parler aux femmes… Les filles devront également dans le mesure du possible être étudiantes, peut-être pour attiser les fantasmes pervers du téléspectateur sportif moyen – le beauf de 50 ans avachi dans son canapé avec la bière à la main. Et donc cet été, on va encore complexer des millions de femmes en exhibant de jeunes mannequins filiformes et refaites de toutes parts, puisque décidément même en sport il n’y a que le paraître qui compte.

Mais je fais peut-être du mauvais esprit, car les organisateurs certifient que le physique ne sera pas le seul critère de sélection, et que les jeunes filles se devront « d’avoir une compréhension claire de ce qu’est l’esprit olympique ». Ne vous inquiétez pas messieurs, tout le monde est en train de se rendre compte de ce que représente l’esprit olympique à vos yeux : de l’argent, des femmes et du pouvoir. Altius, Fortius … Cresus. Ceux qui n’auront pas la gloire et les honneurs des podiums et des jeunes filles qui vont avec pourront toujours se rassurer en se disant que l’essentiel est de participer. Ou bien serait-il plus judicieux de dire "collaborer"…


Don Diego de la Serna
(Chroniques du Vengeur Masqué, novembre 2007)

Dans les yeux des femmes I'm lost

Publié le 03/01/2008 à 12:00 par dje
Dans les yeux des femmes I'm lost
C’est l’histoire de Bertrand. Bertrand aime Marie, mais a la fâcheuse tendance à le lui dire avec les poings, poussé en cela par un problème récurrent d’alcool. Un soir ses preuves d’amour vont trop loin et Marie plonge dans le coma, avant de mourir quelques jours plus tard. En temps normal Bertrand en aurait pris pour vingt ans, et tout le monde devrait trouver ça normal. Oui mais voilà en plus d’être un mari à la main lourde, Bertrand est aussi un artiste hors du commun, leader du plus grand groupe de l’histoire du rock français. Et il a l’opinion publique derrière lui. De peines exceptionnellement clémentes en libertés conditionnelles, sans parler des permissions de sortie étrangement inhabituelles, Bertrand s’apprête à quitter la prison quatre ans après les faits. Ou comment le fait d’être célèbre et adulé devient une circonstance atténuante.

Bien sûr les fans de Noir Désir, dont je fais partie, se réjouissent à l’avance de la probable reformation du groupe dans les mois qui viennent. Quatre ans à attendre, putain que c’était long ! Je ne parle même pas des maisons de disque impatientes de faire fructifier le retour du quatuor par un album qui va sans nul doute exploser les records de vente. Mais attendez les gens, vous avez pas zappé un épisode ? C’est d’homicide dont on parle, il faudrait voir à ne pas l’oublier. Mais visiblement il n’y pas que la justice qui est à deux vitesses, l’opinion générale étant aussi versatile qu’une girouette un jour de tempête. La majorité bien-pensante des Français s’indigne quand on évoque le problème des femmes battues, arguant que ce sont des choses inadmissibles qu’il faut sévèrement punir. Alors où sont passées ces belles valeurs dans le cas de Bertrand Cantat ? Le vent les emportera…

Les réactions à cette affaire m’ont toujours choqué, la plupart cherchant des excuses à Bertrand Cantat et espérant une sanction allégée sur le fait que c’est un artiste reconnu et unanimement apprécié. Mais l’homme et l’artiste sont deux personnages bien différents, les talents du deuxième servant souvent à masquer les zones ombrageuses du premier. Trop de gens ont tendance à l’oublier. Je me rappelle du tollé – justifié – qu’avait provoqué Joey Starr lors de son histoire avec l’hôtesse de l’air, devenant en quelques jours le symbole du misogyne qui violente les femmes. Là pour des faits autrement plus graves quasiment toutes les réactions témoignaient de marques de sympathie et de compréhension. Vous avez dit bizarre ? Après la condamnation de Bertrand Cantat, j’ai même eu l’occasion d’entendre certains dire sans plus de scrupules : « c’est dommage, c’était quand même un grand chanteur ». Non, c’est toujours un grand chanteur, et ce le sera toujours puisqu’il s’apprête à revenir dans le système. Par contre si on veut dire que Marie Trintignant est une grande actrice, on est obligés d’employer le passé. C’est toute la différence.


Don Diego de la Serna
(Chroniques du Vengeur Masqué, septembre 2007)

I can't believe the news today...

Publié le 03/01/2008 à 12:00 par dje
I can't believe the news today...
La musique adoucit les mœurs, mais elle est également un puissant moyen de communication. L’Eglise anglicane l’a bien compris, elle qui a récemment décidé d’accompagner ses chants religieux de certains morceaux du fameux groupe de rock U2. Non, vous ne rêvez pas, à partir du mois de mai certains offices britanniques verront la diffusion d’accompagnements issus du répertoire de la bande à Bono. Le choix n’est pas anodin, puisque l’Irlandais est considéré à juste titre par la communauté anglo-saxonne comme le chanteur le plus influent de la seconde moitié du XXe siècle. Mais est-ce bien là la seule explication ?

L’idée vient d’un évêque anglais, Thimothy Ellis, qui veut redonner un coup de fouet à la religion en lui donnant un caractère stimulant et surprenant. Rien que ça ! Il va même plus loin en suggérant une redisposition des paroisses de manière à permettre aux pratiquants de bouger et danser. Je vois bien le programme : samedi soir sortie en boîte, à 6h du mat’ after, et à 10h tous à la messe pour se finir… Mais ça ne s’arrête pas là : les paroles des chansons défileront sur un écran, à la manière d’un karaoké géant au goût plus que douteux qui. Après tout me direz-vous, il faut s’adapter à l’époque : the show must go on ! Je sais pour avoir assisté à un office rythmé de gospel et de soul music que religion et festivités peuvent très bien s’accorder, mais permettez-moi tout de même de m’interroger sur cette tendance d’une Eglise anglicane qui a plus l’habitude de briller par son austérité.

Et si la vraie raison était toute autre ? Car le symbole est fort : Bono, l’Irlandais catholique, lui qui n’a jamais caché qu’il regrettait la trop grande influence de la religion dans la construction de l’Irlande, et qui verrait sa voix résonner dans les paroisses anglicanes. De quoi se racheter une conscience et une morale, et en même temps apposer un pansement cicatrisant sur la blessure toujours ouverte des guerres de religion irlandaises. Mais attention à ce que le cataplasme ne réveille pas la douleur, car les apparences sont trompeuses et la paix apparente entre l’Eire et l’Ulster n’est qu’une façade. Ceux qui ont suivi les incidents récents à Toulouse entre des supporters protestants de l’Ulster et Trevor Brennan, joueur irlandais et catholique du Stade Toulousain, savent de quoi je parle.

Je sais, on va encore me taxer de scepticisme et d’esprit chagrin, car au fond l’idée n’est peut-être pas si mauvaise. Je vais donc laisser le dernier mot à ce cher M. Ellis : « La musique rock peut être le véhicule d'une immense spiritualité ». On en reparlera quand les paroles de "Bloody Sunday" seront reprises en chœur par toute la communauté anglicane.


Don Diego de la Serna
(Chroniques d'un expatrié, janvier 2007)

Wake me up when september ends

Publié le 03/01/2008 à 12:00 par dje
Wake me up when september ends
Une nouvelle année démarre et Don Diego est de nouveau de la partie. Comme tout le monde, j’ai repris le chemin de la routine et la grisaille parisienne en ce mois de septembre. Septembre, un mois tellement ambigu, tellement étrange. Posez-vous la question en vous-mêmes : quelle a été la période de ma vie où je me suis senti le mieux, le plus en adéquation avec mon environnement, le plus serein dans ma tête ? Et à l’inverse, quels ont été les moments les plus déprimants que j’ai vécu, les plus pénibles à passer ? A ces deux questions, le mois de septembre est souvent une seule et unique réponse. En tous cas pour moi c’est le cas…

Septembre, le mois de la déprime. On sort d’un été forcément fructueux, rempli de rencontres, d’amis, de moments forts. Pendant quelques semaines, on s’est senti vivant, et d’un coup tout s’arrête pour reprendre le cours d’une vie monotone dictée par le train-train quotidien. On retrouve les mêmes personnes, souvent à contrecœur, et les mêmes tracas. Et chaque année l’impression fugace de ne pas être à sa place, de suivre la mauvaise route.

Mais septembre, le mois du renouveau. Le départ d’une nouvelle étape. On change de voie, de collègues ou de cadre de vie. De nouvelles têtes apparaissent, dont certaines vont s’installer durablement dans notre vie, de nouveaux horizons s’ouvrent. On fait table rase du passé et on repart du bon pied après s’être remis d’aplomb pendant l’été. Chaque année on démarre une nouvelle vie, en somme…

Septembre, marqué depuis 5 ans par la commémoration surmédiatisée d’attentats historiques qui finalement n’ont pas changé grand-chose, dans un sens comme dans l’autre. Et qui nous rappelle tous les ans que l’incompétence des têtes dirigeantes peut mener à des catastrophes comme celle d’AZF. Marqué également par la mise sous silence de l’anniversaire de la mort de Massoud, dont le monde occidental aura ignoré avec indécence sa disparition après avoir patiemment refusé d’écouter le combat de toute sa vie.

Septembre, ses joies et ses déceptions, ses petits bonheurs et ses grandes tristesses, ses coups de gueule et ses prises de conscience. Comme le raccourci d’une vie. Ce mois, on a le droit de ne pas l’aimer, mais au moins il s’y passe quelque chose. Et c’est déjà énorme.


Don Diego de la Serna
(Chroniques du Vengeur Masqué, septembre 2006)

La conjuration des imbéciles

Publié le 03/01/2008 à 12:00 par dje
La conjuration des imbéciles
Où l’on reparle de la grippe aviaire, cette gigantesque entreprise de désinformation. Dans notre pays en tous cas, car je ne nie pas la réalité du problème dans les pays asiatiques. Encore que, avec même pas une centaine de morts, on est loin de la pandémie que l’on veut bien nous annoncer. Mais la situation en Europe, elle, est franchement risible : à peine quelques cas avérés de poulets en Turquie, aucun exemple de transmission de l’animal à l’homme, et le branle-bas de combat sanitaire est déclaré. A croire qu’il est bon pour l’économie d’entretenir des psychoses, après les exemples de la vache folle et de la fièvre aphteuse. Mais je n’ai pas dans l’intention de vous faire un exposé de santé publique.

Ce qui m’a particulièrement interpellé dans cette histoire, c’est une des mesures préconisées par les institutions pour lutter contre l’éventuelle importation de la maladie : l’installation dans les aéroports de portiques équipés de caméras thermiques, afin de détecter les passagers fiévreux. Après les barrages anti-armes (les détecteurs de métaux), les barrages anti-fraudes (les contrôles de papiers), les barrages anti-pauvres (le prix des billets), voici les barrages anti-malades. Les gens qui ont le mal de l’air vont apprécier, qui risquent de passer une batterie de tests médicaux à leur retour au sol juste parce que l’atterrissage leur a provoqué des bouffées de chaleur. Sans compter qu’il va falloir renforcer les assurances annulation, pare qu’en cas de rhume subit il va devenir difficile de prendre l’avion.

Au fond, cette nouvelle n’est pas vraiment étonnante. Elle s’insinue dans une logique actuelle de contrôle incessant des allées et venues de tout un chacun. On pourrait même ne voir dans la médiatisation de la grippe aviaire qu’un prétexte pour installer (entre autres) ces nouveaux merveilleux appareils. Se sentira-t-on plus en sûreté pour autant ? Je laisse la liberté à chacun de se faire sa propre opinion. Rappelons quand même que tout l’attirail de mesures de sécurité déployé par le pays présumé le plus sûr au monde n’a pas empêché une poignée de terroristes, armés d’à peine quelques couteaux, de secouer le monde entier un certain 11 septembre. Partant de là, il me semble utopique de croire que l’on peut stopper une maladie juste en installant des contrôles thermiques.

Mais bon, après tout me direz-vous, le nuage de Tchernobyl s’est bien arrêté à la frontière. Pourquoi la grippe aviaire ne ferait pas pareil ? Et puis bon, ne soyons pas mauvaises langues, ces gadgets seront sûrement très décoratifs dans les halls d’aérogares.


Don Diego de la Serna
(Chroniques du Vengeur Masqué, mars 2006)

Tout est bruit pour qui a peur

Publié le 03/01/2008 à 12:00 par dje
Tout est bruit pour qui a peur
Laissez-moi vous conter une petite histoire qui m’est arrivée il y a quelques jours. Au sortir d’un centre commercial, une dame âgée semble avoir des difficultés à porter ses achats. Voyant qu’elle s’apprête avec hésitation à traverser une allée, je m’approche d’elle pour lui proposer de l’aide. Et là, aux antipodes de la réaction à laquelle j’aurais pu m’attendre, je la vois qui se détourne et protège ses provisions, comme si j’allais tout simplement la braquer. Quelle claque ! Moi qui pensait être quelqu’un de serviable, à défaut d’être réellement gentil, voilà qu’on me prend pour un délinquant, juste à cause de mon apparence. C’est peut-être la première fois que quelqu’un me signifie aussi clairement que j’ai une tête de méchant.

Et alors quoi, me direz-vous ? Beaucoup plus de choses qu’il n’y paraît. Si la peur peut s’insinuer aussi facilement chez une mamie innocente à la vue d’un "djeun’s" par ailleurs animé des meilleures intentions, c’est que le malaise est profond. Doit-on être considéré comme un brûleur de voitures potentiel uniquement parce que l’on n’a pas l’allure du fils de bonne famille, ave raie sur le coté, paire de lunettes et tout le reste ? Quelles sont les raisons de ce malaise, je n’en sais rien, ou du moins pas grand-chose. Et je n’ai pas envie de rentrer dans des discours sociopolitiques qui présenteraient obligatoirement des incohérences et des contradictions. Par contre, j’appréhende vraiment les conséquences d’une telle évolution.

Ne soyons pas dupes : c’est bien la peur qui fait le monde tel qu’il est aujourd’hui. La peur de l’avenir. La peur de la souffrance. La peur de l’autre qui pourrait s’accaparer vos biens, votre boulot, votre femme, ou qui pourait encore vous planter au détour d’un trottoir parce que vous l’avez regardé de travers. Du moins c’est ce que l’on veut nous faire croire. Mais la peur mène à l’intolérance, et l’intolérance mène à la xénophobie. Ne nous laissons pas abuser par cette propagande incessante qui sous-entend que le monde se construit sur la crainte et la suspicion. S’affranchir de ses peurs, c’est déjà regagner une partie de sa liberté, et la liberté est une maladie contagieuse. Il ne tient qu’à nous de contaminer les gens que l’on croise. Et à défaut d’être réellement libres, peut-être se sentira-t-on au moins un peu plus sereins.


Don Diego de la Serna

(Chroniques du Vengeur Masqué, février 2006)
Source de l'image: ChacalProd